Survie

Côte d’Ivoire : Criminalités cachées

(mis en ligne le 1er mars 2003)

Personne ne doute plus que les escadrons de la mort soient directement rattachés au couple Gbagbo. Cela a beaucoup contribué à la décision de l’ONU, très défavorable au pouvoir ivoirien. Les supporteurs de ce dernier font remarquer que les rebelles, surtout ceux de l’Ouest, ont eux aussi un casier criminel chargé. Mais, il faut le constater, les escadrons de la mort minent complètement la position politique d’un camp dont la légitimité devrait être le point fort. S’il avait fait condamner les responsables du charnier de Yopougon, en 2000, et s’était dispensé de ces tueurs de l’ombre, Laurent Gbagbo serait aujourd’hui dans une toute autre position diplomatique. De deux choses l’une :
- si Gbagbo joue essentiellement la carte de la mobilisation populaire, celle de la terreur nocturne n’est pas vraiment nécessaire, son emploi superflu dénote une irrationalité déroutante, qui irradie la défiance ;
- si cette carte de la terreur fait partie d’une stratégie globale, c’est plus inquiétant encore. Dans les deux cas, on comprend mal comment le Monsieur Afrique du Parti socialiste, Guy Labertit, peut se vanter d’avoir « dîné tous les soirs ou presque » avec son ami Gbagbo lors du passage de ce dernier à Paris, fin janvier (Libération, 10/02).

Côté chiraquien, à l’inverse, on est décidément très discret sur les exactions des rebelles. De même, l’on ne dénonce pas l’ingérence directe des voisins Blaise Compaoré et Charles Taylor. Malgré ses crimes contre l’humanité, ce dernier reste très ménagé, comme jadis les Khmers rouges, au nom d’une certaine Realpolitik. La participation à la rébellion ouest-ivoirienne de jeunes vétérans des aventures tayloriennes, au Liberia et en Sierra Leone, est l’assurance d’une horreur non pas cachée, mais ouverte. Avec leur déferlement début janvier, « la région de Toulepleu est devenue un enfer pour les civils », témoigne un chauffeur de camion (RFI, 31/01). Pourquoi cette horreur-là n’est-elle pas davantage documentée ?

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 112 - Mars 2003
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