Survie

ILS ONT DIT - Justice

(mis en ligne le 1er mars 2003)

« À la différence des trafiquants de stupéfiants ou des proxénètes, qui ne peuvent pas susciter des campagnes d’opinion destinées à les présenter comme les innocentes victimes de l’acharnement du système judiciaire, les délinquants financiers, eux, ont les moyens de mettre sur pied une véritable propagande à leur profit, et ne s’en privent pas. Le microcosme politico-économique [...] tente de convaincre les citoyens que seule la délinquance de rue mérite d’être pourchassée par la police et la justice, [...] de la nécessité de réformer une fois de plus la procédure pénale pour recentrer les juges sur la délinquance au quotidien plutôt que sur les flux internationaux d’argent sale.

[... En dépit des discours], on n’a pas créé de pôle financier. [...] Toujours pas d’officiers de police rattachés [...], aucun outil informatique fiable [...]. La lourde machine judiciaire, engluée dans un formalisme d’un autre âge, paraît bien inoffensive aux délinquants financiers qui font faire le tour du monde à leur butin en quelques clics de souris.

Les grands vainqueurs de la période qui s’achève ne sont pas les juges, mais les avocats. [...] Comment geler un dossier pendant deux ans ? Les juristes les moins chevronnés connaissent par cœur cette recette infaillible : il suffit de déposer une requête en nullité juste après avoir reçu l’avis de fin d’information, puis de former un pourvoi en cassation contre l’arrêt de la chambre d’instruction. On pourrait multiplier les exemples de ces astuces [...]. L’urgence n’est pas de démanteler le pôle financier, mais bien de le renforcer. »

(Valéry TURCEY, ancien président de l’Union syndicale des magistrats, majoritaire et plutôt classée à droite. Rebonds in Libération du 03/02).

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 112 - Mars 2003
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