Survie

Centrafrique : Exit Patassé

(mis en ligne le 1er avril 2003)

Le 25 octobre 2002, le général François Bozizé avait échoué à renverser le président centrafricain Ange-Félix Patassé - sauvé par un contingent libyen et les troupes du rebelle congolais Jean-Pierre Bemba. Les Libyens sont partis, les hommes de Bemba, gavés de butin et justement accusés de nombreux crimes, se sont repliés. Profitant d’un déplacement à l’étranger de Patassé, Bozizé à cette fois réussi son putsch, le 15 mars. Presque sans coup férir. Ce qui n’est pas sans interroger.

Mais prévenons d’abord un possible questionnement de nos lecteurs : pourquoi ce changement de régime n’intervient-il en nos Billets qu’après la crise ivoirienne ? Avouons trois raisons conscientes :
- c’est la sixième tentative de coup d’État subie par Patassé... ;
- nous ne sommes pas sûrs que la chute de ce régime déliquescent et totalement discrédité soit en soi une mauvaise nouvelle pour les Centrafricains, mais sommes plutôt inquiets des méthodes et objectifs de Bozizé ;
- il est particulièrement difficile de savoir ce qui se passe et se joue en Centrafrique.

Un large éventail de l’opposition politique a rapidement approuvé le putsch. La quasi-totalité des condamnations étrangères ont été plus rituelles que véhémentes. La France, et l’Afrique centrale sous sa tutelle (la CEMAC), entretenaient quelques troupes à Bangui : celles-ci ont laissé faire, avant de s’organiser pour éviter le retour des soudards de Bemba - installés sur l’autre rive de l’Oubangui, la rivière qui sert de frontière avec le Congo-K). Au moins 300 parachutistes français sont arrivés en renfort (officiellement pour protéger ou évacuer leurs compatriotes... ).

Ajoutons que la majorité des hommes de Bozizé ont été prêtés par le dictateur tchadien Idriss Déby, au vu et au su des Services français, et l’on pourra lire le scénario d’un « débarquement en douceur ».

L’on ne peut pas reprocher à la France de ne pas avoir secouru le régime Patassé : elle l’avait sauvé plusieurs fois, et ne s’était guère offusquée de sa réélection frauduleuse. Mais cela finissait par ressembler à de l’acharnement thérapeutique. Fallait-il laisser le Centrafrique entre les mains du tandem Kadhafi-Bemba ? Tel n’était sûrement pas le souhait de ses habitants. Mais Bozizé a montré, durant les quelques mois de sa rébellion armée, son incapacité à discipliner ses troupes (elles aussi coupables de nombreux crimes) et sa trop grande dépendance envers Déby - anti-modèle de ce que pourraient espérer les Centrafricains. Il faudrait une très vive incitation pour que le putschiste associe au pouvoir de transition, comme il l’a promis, une large représentation de l’éventail politique et social.

Est-ce le principal souci de Paris ? L’Afrique centrale semble devoir se polariser radicalement en fonction du clivage franco-américain. Bozizé a été aidé par le régime de Kinshasa, ennemi de Bemba et allié de la France, tandis que les bruits de bottes s’amplifient à l’est du Congo-K, c’est à dire au sud-est du Centrafrique... (voir ci après). Là encore il serait temps de mettre les enjeux sur la table, plutôt que de repartir pour un « grand jeu » barbouzard.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 113 - Avril 2003
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