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A fleur de presse

Congo-Kinshasa, Rwanda : À FLEUR DE PRESSE - Afrique des Grands Lacs

(mis en ligne le 1er avril 2003)

Observatoire de l’Afrique centrale (Obsac), Le terrain congolais, 01/03/2003 (Pierre BIGRAS) :

« Certains dirigeants rebelles affirment maintenant que si le conflit congolais n’est pas réglé d’ici six mois, on assistera à la “somalisation” du Congo. [...] Si par “somalisation” on désigne un état avancé d’anarchie relié à la prolifération des groupes armés, trop souvent associés à une ethnie donnée, alors on peut dire qu’à toute fin pratique l’est et le nord-est du Congo sont déjà “somalisés”. [...] Pendant que la classe politique congolaise poursuit à Pretoria la dérive qui l’éloigne de plus en plus d’un semblant de base populaire, dans l’est, dans l’ouest et au nord du Congo, les liens de solidarité les plus fondamentaux se dissolvent dans le chaos et l’anomie charriés par ce conflit surréaliste qui dure maintenant depuis près de 5 ans (ou 7 ans bientôt, si on préfère en situer le début à la conquête du pouvoir par “l’AFDL” du défunt Mzee [Laurent-Désiré] Kabila). [...]
En ce moment, la stratégie des élites politico-militaires (et autres) du Congo, et de certains de leurs parrains africains, comme Yoweri Museveni, est de multiplier, à des fins de diviser pour régner, les groupes et les sous-groupes rebelles congolais, dont les changements constants d’alliances permettent de tenir en échec tout effort de normalisation et de retour de la paix. Non seulement les dirigeants de ces groupes rebelles, Maï Maï gouvernementaux et autres, forces négatives de l’Interahamwe et FAC, mettent-ils des quantités impressionnantes d’armes de petit calibre dans les mains d’une jeunesse de plus en plus déboussolée, mais de surcroît, ils leur font subir un déconditionnement quotidien qui abolit toutes les retenues et qui éteint dans leur esprit l’humanité de toutes celles et ceux qui ne font pas partie de leur groupe immédiat : toute personne devient ainsi un ennemi potentiel qu’on peut voler, violer et tuer sans remords. »

Observatoire de l’Afrique centrale, Le Rwanda demande à inspecter les camps de réfugiés, 05/03/2003 (Pierre BIGRAS) :

« Comme le président Kagame le soulignait lors d’une conférence de presse tenue à la fin du XXIIe sommet des chefs d’États d’Afrique et de France, le contentieux entre le Rwanda et l’Ouganda est lourd, sinon menaçant. Le président rwandais mentionnait à cette occasion que le Comité conjoint de vérification et d’enquête allait demander des clarifications concernant la présence alléguée en territoire ougandais de membres de la milice interahamwe [la main d’œuvre du génocide de 1994].
Dans [...] une requête [...] remise le 22 février aux autorités ougandaises (soit le lendemain du sommet franco-africain), le Rwanda [déclarait disposer] de “renseignement crédibles selon lesquels des forces et des groupes anti-rwandais” utiliseraient les camps de réfugiés d’Oruchinga et de Nakivale [en Ouganda] pour mobiliser, recruter, entraîner et poursuivre d’autres activités pour déstabiliser le Rwanda.
La lettre alléguait également que ces éléments recevraient en ce moment une formation militaire dispensée par certains “éléments des organes de sécurité ougandais”, ceci en toute connaissance de cause des autorités ougandaises. Cette question fut soulevée pour la première fois par les autorités rwandaises lors d’une rencontre du Comité conjoint [rwando-ougandais] les 20 et 21 novembre 2002.
L’Ouganda avait alors réagi en promettant de demander au HCR [...] de clarifier le statut des réfugiés rwandais qui se trouvaient dans des camps du district de Mbarara. Il fut également décidé lors de cette rencontre que la Commission rwandaise de rapatriement des réfugiés serait autorisée à visiter les camps de réfugiés en question afin d’encourager ces derniers à rentrer au pays et pour identifier des personnes ayant potentiellement participé au génocide de 1994. [...] Tous les efforts subséquents pour organiser de telles visites ont essuyé un refus des autorités ougandaises. [...]
Quand le général Kabarebe [chef d’état-major rwandais] insiste sur le fait que l’UPDF et les FDR [les armées ougandaise et rwandaise] ne s’affronteront plus jamais en RDC [Congo-Kinshasa], laisserait-il par défaut entendre qu’un affrontement est maintenant possible sur le territoire de l’un ou l’autre des deux pays frères ? Cette possibilité est très réelle..
On peut prendre pour acquis, sur la base de la performance de l’UPDF lors des trois batailles de Kisangani contre [... l’armée rwandaise], qu’une guerre entre le Rwanda et l’Ouganda serait marquée dans un premier temps, par une ou des victoires militaires rwandaises. Cela ne ferait qu’empirer le contentieux entre les officiers supérieurs des deux armées qui sont, pour plusieurs, d’anciens frères d’armes issus de la lutte du National Resistance Mouvement (NRA) dirigé à l’époque par le président Yoweri Museveni [et qui a conquis le pouvoir en Ouganda]. Comme la structure du pouvoir dans les deux pays s’articule essentiellement autour des appareils militaires et [...] politiques issus de cette époque, y compris au niveau de la présidence, on peut penser qu’une simple étincelle pourrait encore une fois mettre le feu aux poudres. [...]
Nous estimons même possible que cette guerre aille jusqu’à Kampala. Le Rwanda tient en effet l’Ouganda responsable de la multiplication des rébellions en RDC. Par exemple le MLC de J.-P. Bemba, le RCD-K de Wamba qui se scindera finalement en d’autres groupes [...], et l’opérationalisation de milices tribales Hema et Lendu [...] qui se sont livrées une guerre meurtrière, etc.

Les plus hauts responsables rwandais m’]ont tous laissé entendre, à mots couverts ou ouvertement, que le comportement du régime ougandais était devenu un problème très grave qui empêchait, entre autres une normalisation de la situation en RDC. [...] Il y aura donc une guerre entre les deux pays frères dont le prétexte sera sans aucun doute le refus de l’Ouganda d’accorder le feu vert à l’inspection des camps de réfugiés par la délégation rwandaise du Comité conjoint ; et le signal de départ, probablement le déclenchement de la guerre du Golfe II à la mi-mars. »

Espérons que ce pronostic sera infirmé !

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 113 - Avril 2003
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