Survie

LIRE - Les nouveaux prédateurs. Politiques de puissances en Afrique centrale

(mis en ligne le 1er avril 2003)

Colette Braeckman,
Les nouveaux prédateurs.
Politiques de puissances en Afrique centrale

Fayard, 2003.

Il s’agit probablement de l’ouvrage le plus riche de ce grand reporter du Soir de Bruxelles, qui en avait déjà produit cinq. Un livre bourré d’informations, de prises de position, de questions qui n’ont pas encore de réponses, d’incitations au débat... Tellement que nous ne pouvons faire ici qu’une chose : inviter à la lecture.

Colette Braeckman arpente l’Afrique centrale depuis des décennies, elle vibre et elle souffre avec elle. Elle, au moins, peut être crue quand elle écrit dans Le Soir (27/02/2003) son amour de l’Afrique : « L’Afrique, c’est comme un être aimé qui ne cesse [...] de se dérober au moment où on croyait avoir compris. C’est le continent qui hante les rêves d’enfant. Un jour, on décide d’y aller voir soi-même, d’y faire un tour et de revenir pour tout raconter. Et puis, on se rend compte qu’on n’est jamais vraiment revenu. [...] L’Afrique, ce sont avant tout des gens. Omniprésents, bavards, parfois envahissants. Mais surtout chaleureux. [...] Il y a toujours quelqu’un quelque part. Pour vous aider, vous tirer d’affaire, vous parler, de tout et de rien. [...] C’est peut-être pour ça qu’on n’en revient pas : parce qu’on n’a jamais fini d’y arriver. Parce que sans jamais vraiment s’y sentir chez soi, nulle part ailleurs on est mieux accueilli. » (cité par Syfia, 04/03/2003).

L’auteur a compati, au sens fort, avec les victimes du génocide des Tutsis, en 1994 au Rwanda. Elle souffre surtout aujourd’hui avec les habitants de l’ex-Congo belge, victimes d’une guerre sans nom, apparemment inextricable ; victimes d’exactions interminables, pillés jusqu’à l’os, et finalement à l’agonie. Dans cette guerre, le Front patriotique rwandais de Paul Kagame, qui hier vainquit les génocidaires, porte une lourde responsabilité. Elle le lui reproche à juste titre, comme la très grande majorité des habitants du Congo-K. Mais les souffrances des uns et des autres peuvent rendre autiste, tels ces patriotes congolais qui n’ont pas hésité depuis des années à régénérer les forces génocidaires défaites, de connivence avec les Services français, pour combattre l’armée de Kigali. Ou qui ont approuvé cette stratégie.

Le trop-plein de souffrance du Rwanda s’est déversé sur le grand pays voisin. Une “réplique” malheureusement fréquente, mais non fatale. S’est insinuée cependant une logique exacerbée de prédation. L’auteur la décrit abondamment, et cherche à la décrypter, rejoignant l’une de nos préoccupations majeures : la synergie des criminalités économique et politique. L’envie de rejeter ce cancer monte un peu partout. Reste à le vouloir vraiment, et à savoir comment s’y prendre. Ce livre y contribue sûrement.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 113 - Avril 2003
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