Survie

Côte d’Ivoire : « Paix » armée à Abidjan

(mis en ligne le 1er mai 2003)

Qu’est-ce qui, dans le chaudron ivoirien, fait descendre et monter la température ? Du côté des efforts de paix, on observe la mise en place progressive du gouvernement de réconciliation nationale avalisé par l’ONU, l’Union africaine et l’organisation ouest-africaine (CEDEAO). La force d’interposition qu’a envoyée cette dernière va tripler ses effectifs pour permettre un désengagement graduel des 4 000 soldats français.

Mais la volonté de paix est encore loin de dominer. Elle n’existe évidemment pas chez le parrain libérien des rebelles de l’Ouest, qui ne connaît que les rapports de forces et n’arrêtera son invasion rampante que s’il y est contraint, d’une façon ou d’une autre.

Faute d’une dénonciation ouverte de la contagiosité criminelle du régime libérien, la lutte contre Taylor se fait de façon semi-clandestine : à l’ouest, Américains et Britanniques, qui soutiennent le gouvernement sierra-léonais agressé, aident discrètement la principale rébellion libérienne, le LURD ; au nord, les États-Unis assistent militairement la Guinée, base arrière du LURD ; à l’est, la présidence ivoirienne stimule et arme d’autres factions anti-Taylor.

Chaos garanti. En sont victimes des centaines de milliers de civils dans les quatre pays concernés. Il serait plus simple de reconnaître l’agression libérienne, et d’aider ouvertement les pays agressés à se défendre. À défaut, on laisse justifier le recours aux pires expédients.

Déjà, Londres avait fait intervenir en Sierra Leone la firme mercenaire britannique Sandline. Une consœur, Northbridge Services, a signé avec Laurent Gbagbo (dont les démentis manquent par trop de crédibilité) un contrat de fourniture de mille hommes surarmés. Pour 50 millions de dollars. Et les leaders “ivoiritaires” sont en train d’enrôler 50 000 jeunes dans une « Armée nationale des patriotes pour la libération totale de la Côte d’Ivoire ». Une milice, non une armée. On imagine sa capacité de nuisance quand on sait à quel point l’envie de saboter les accords de paix démange l’entourage présidentiel.

En Côte d’Ivoire aussi, la course entre fauteurs de guerre et tisseurs de paix n’est pas gagnée.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 114 - Mai 2003
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