Survie

Procès Elf : La clientèle d’Elf

(mis en ligne le 1er mai 2003)

Le pronostic était quasi-unanime : il ne fallait rien attendre du procès Elf, verrouillé par l’omertà. Or, il s’est très vite montré riche d’enseignements.

Il est désormais acquis que, dans l’esprit des compagnies pétrolières, les Présidents des États producteurs sont et ne peuvent être (à moins d’être renversés) que leurs « salariés » ou « commissionnés ». C’est-à-dire qu’ils doivent consentir à jouer les intérêts des majors pétrolières contre ceux de leurs peuples, avec comme conséquences la dictature, le pillage des deniers publics et, cerise sur le gâteau, l’inflation exponentielle d’une dette hypothéquant l’extraction future. Tout cela circulant à travers quantité de paradis fiscaux.

Pierre Fa, l’ancien directeur de l’audit d’Elf, a avoué le 26 mars avoir constitué une « caisse noire ». Au président Michel Desplan, qui s’étonnait du rapport entre cet objet et la fonction d’auditeur, Pierre Fa a répondu qu’il faisait ça partout, chez Rhône-Poulenc, chez Air Liquide... (Libération, 27/03). Autrement dit, la grande corruption est généralisée dans les multinationales françaises (et étrangères). L’on s’étonne que la justice s’en étonne encore, ou qu’elle s’ébahisse des litanies de paradis fiscaux par lesquels passe une part importante de la comptabilité de ces groupes. En réalité, ils ont un pied dans le légal, un dans l’occulte. Hors-la-loi.

Il se confirme aussi qu’Elf a financé simultanément le gouvernement angolais et la rébellion Unita, concourant puissamment à entretenir une horrible guerre civile, qui a duré plus d’un quart de siècle (1975-2001). Elf ayant été longtemps nationalisée, l’État français devra un jour payer des dommages de guerre aux pays qui, comme l’Angola et le Congo-B, ont bénéficié de pareilles « gâteries ».

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 114 - Mai 2003
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