Survie

Procès Elf : Le système des bonus occultes

(mis en ligne le 1er mai 2003)

À qui étaient destinés ces bonus ? M. TARALLO a donné de nombreux exemples [...] :
- au Gabon, 40 millions de $ versés de 1990 à 1993 pour le gisement RABI qui est, de très loin, le plus gros gisement du pays (comptes COLETTE et CENTURI approvisionnés par M. SIRVEN) ;
- au Congo, 10 et 25 millions de $ pour les permis en eaux profondes dans les années 1992 à 1997, versés, en accord avec les présidents LE FLOCH-PRIGENT et JAFFRÉ, dans les comptes de la FIBA et dans les comptes off-shore qui étaient contrôlés par le président LISSOUBA (circuit RIVUNION et SOFAX) ;
- au Nigeria et en Angola, durant la période 1992-1997, alors que les pays étaient en état de guerre civile permanente, des bonus ont été versés en contrepartie de l’obtention de blocs en mer sur lesquels ELF a pu obtenir une place importante et le rôle d’opérateur.

« En outre, a poursuivi M. TARALLO, du fait des relations personnelles entre les Chefs d’État de ces pays, l’intervention que l’on peut faire auprès de l’un d’entre eux est la meilleure introduction que l’on puisse obtenir auprès d’un autre chef d’État. Ce type d’interaction est très utile en Afrique. Ce fut le cas de M. SASSOU pour l’Angola en 1990 et de M. BONGO auprès des présidents successifs du Nigeria. De même, [...] le président BONGO est intervenu pour permettre à ELF d’obtenir un intérêt dans la recherche du pétrole au Tchad. »

M. ISOARD [directeur de l’exploitation-production] a, lui aussi, donné de nombreux exemples de commissions versées jusqu’à son départ à la retraite en janvier 1998. La pratique des bonus n’a en effet pas cessé, même si elle a diminué, sous la présidence de M. JAFFRÉ. [...]

Au Congo, M. ISOARD a "initié" un paiement de 4 millions de $ en 1996 en faveur du Ministre du Pétrole M. KOUKÉBÉNÉ, avec l’accord de M. JAFFRÉ, [...] sur une société off-shore ; des paiements importants, comme celui- là, ne se faisaient jamais sans la signature du président, qu’il s’agisse de M. LE FLOCH-PRIGENT ou de M. JAFFRÉ.

M. GRUNDMAN, qui a occupé des fonctions importantes à la direction de l’exploration-production et à la direction financière du groupe [...], a donné lui aussi donné de nombreux exemples, au Nigeria (de 1994 à 1996), au Congo [...], au Gabon [...], en Angola [...], en Libye [...], en Syrie [...], au Qatar, à Abou Dhabi, en Équateur, en Russie, au Kazakhstan et en Azerbaïdjan. M. SIGOLET a cité l’exemple du Congo où de nombreux bonus ont été distribués. [...]

M. TARALLO : « En 1989, le décor a changé d’un seul coup. M. SIRVEN [...] s’est imposé comme le financier occulte en titre d’ELF avec l’accord du président. [...] C’est lui qui s’est occupé de bon nombre de négociations concernant des prises d’intérêts dans les différentes sphères d’activités du groupe. C’est donc lui qui a organisé les versements financiers aux intermédiaires et aux responsables étatiques et il était seul à même de présenter une vision de l’ensemble du contenu de chacun de ces versements. C’est pour cette raison qu’il apparaissait jouer le rôle de financier occulte du groupe. [...]
Après arbitrage de M. LE FLOCH-PRIGENT, [...] j’ai conservé le contrôle des interlocuteurs africains traditionnels, exclusivement les Chefs d’État en place. M. SIRVEN a financé les autres mouvements (“opposition”) et a assuré les financements occultes des autres pays du monde, les pays "nouveaux", tels que la Russie, l’Ouzbékistan, la Chine, la Malaisie. M. SIRVEN a mené des actions dans 4 des 5 pays africains dans lesquels le groupe était producteur : le Cameroun, le Gabon, le Congo et l’Angola. Il n’avait pas toujours les mêmes interlocuteurs que moi. Notamment, il n’avait pas de relations établies avec les responsables pétroliers, ministres ou décideurs des sociétés nationales de ces pays, à l’exception du Cameroun. » [...]

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 114 - Mai 2003
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