Survie

A fleur de presse

Comores : À FLEUR DE PRESSE : Françafrique

(mis en ligne le 1er juin 2003)

Le Parisien, « Nous avons été trahis », 16/05 (Julien DUMOND) :
« Les sept mercenaires rescapés de leur propre tentative de coup d’État aux Comores du 19 décembre 2001 sont sortis de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. [...] Ces anciens militaires sont mis en examen en France pour “association de malfaiteurs” après une plainte de l’État comorien. Les trois commanditaires présumés sont eux toujours incarcérés. [...] La cellule africaine de l’Élysée, le cabinet de Matignon et les services secrets français ont été contactés par les meneurs du groupe pendant la préparation du coup. [...] Laurent Van Pottalsberghe, le meneur du groupe, mystérieusement abattu lors de l’opération, avait présenté plus d’un an avant sa mort aux responsables du contre-espionnage français [DST] la photocopie d’un chèque de 70 millions de francs provenant d’un lot de 160 millions extorqué à une notaire de Boulogne-Billancourt. Pottalsberghe confie alors que l’argent, versé à l’étude notariale par une banque américaine liée à l’armée, devait financer un coup d’État. [...]
Un de ces mercenaires, Alain Sylvain, raconte son histoire [...] : “En octobre 2001, nous avons été recrutés par une société nommée World Protection. Notre mission consistait à protéger le président d’un mouvement comorien en exil en France qui voulait rentrer dans son pays pour participer à l’élection présidentielle. [...] Ancien commando de marine, [...] j’ai signé un contrat de cinq ans avec un salaire de 3 000 $ dollars mensuel. [...]
Nous savions qu’il y aurait un coup d’État contre le président en place. Mais il devait être mené par l’armée comorienne et nous devions arriver après, dans un archipel sécurisé. [...] Nous sommes partis de Nosy Be (une île proche de Madagascar) pour les Comores le 18 décembre 2001. Nous étions en tenues camouflées américaines et possédions en tout et pour tout deux pistolets et un fusil à pompe. Pas de quoi renverser un pays. À 5h30 du matin, nous étions sur la plage de la plus petite île de l’archipel. Notre chef, qui pensait que nous serions accueillis avec des fleurs, a téléphoné depuis la gendarmerie locale et a compris que nous avions été lâchés. Il a dit : “On est foutu”. L’armée nous est tombée dessus tout de suite. Un massacre. [...] Nous avons été trahis. L’armée nous attendait. Il y a derrière cela une nébuleuse politico-financière que la juge en charge de l’affaire en France, qui fait jusqu’ici du bon travail, doit absolument éclaircir.” »

Nous souhaitons à cette juge beaucoup de courage et de constance. Les Comores accumulent les coups fourrés des Services, des réseaux, des officines de mercenaires français, avec entre tous ceux-là quelques méchants clivages : la trahison est donc de saison.

Le colonel putschiste Azali Assoumani, vainqueur en 2002 d’une élection présidentielle bidonnée, n’est pas bien vu à l’Élysée (Jacques Chirac a récemment refusé de le recevoir) : on lui reproche, entre autres, d’entretenir la tension en entravant la mise en œuvre des institutions confédérales - qui avaient obtenu un large assentiment populaire et permis de dénouer la crise sécessionniste entre les principales îles.

Chaque bout de Françafrique a sa vision de l’avenir des Comores - depuis le repaire mafieux ou le paradis fiscal jusqu’à un relatif État de droit (évidemment sans Mayotte, l’île “francisée”). Mais les Comoriens en ont assez des ingérences : ils aimeraient d’abord qu’on les laisse tranquilles, avec un pouvoir légitime. Ce qui n’est pas encore gagné.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 115 - Juin 2003
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