Survie

Libéria : Amateurs de bois libériens

(mis en ligne le 1er juin 2003)

Depuis plus d’une décennie, le consortium de Ouaga arme et finance les entreprises guerrières de Charles Taylor avec, entre autres, l’argent du bois libérien. Quels sont les relais parisiens de ce “commerce” ? Grâce aux investigations du chercheur Arnaud Labrousse, nous avions commencé d’y répondre dans le “Dossier noir” Les pillards de la forêt (Agone, 2003) : le chapitre 4 décrit les tentacules forestiers du consortium, au Liberia, au Cameroun, au Liban, en Libye, etc. En France, une entreprise apparaît comme un pivot de l’achat du bois : Interwood.

Après la rédaction du livre, Interwood a été rachetée par un personnage considérable, basé à Ouagadougou : Michel Fadoul... dépeint au chapitre 3 des Pillards de la forêt. Son appartenance à la GLNF (Grande Loge Nationale Française) n’est sans doute pas étrangère à ses multiples succès commerciaux et relationnels (Valéry Giscard d’Estaing, Paul Biya, Chantal Compaoré, Jacques Godfrain, etc.). Le Groupe Fadoul Afrique opère au Cameroun, au Bénin, au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Togo, au Nigeria, en Centrafrique. La forêt ne représente qu’une seule de ses cibles. À travers une cinquantaine de filiales, il intervient aussi dans l’importation de voitures et de pièces détachées, le génie civil, l’imprimerie, le transport de fonds.

Arnaud Labrousse a poursuivi ses recherches. Les informations solidement étayées qu’il diffuse à la presse ne suscitent pas forcément la curiosité qu’elles mériteraient. Interwood, par exemple, entretient des rapports plus que cordiaux avec Abbas Fawaz, un forestier libanais établi au Liberia. Fawaz est très lié à Chuckie Taylor, fils de Charles et chef d’une sinistre force spéciale. L’entreprise forestière de Fawaz, MWPI, a servi de support logistique et de base arrière aux rébellions “ivoiriennes” MJP et MPIGO. Elle a acheminé à leur intention 4 cargaisons d’armes, en mai, octobre et décembre 2002. Elle a retapé un pont sur le fleuve frontalier Gbeh pour faciliter la pénétration en Côte d’Ivoire...

Fawaz et Interwood (Groupe Fadoul) vendent de concert le bois libérien si intimement lié aux achats d’armes de Taylor & Co. Parmi les destinations : les installations sportives des Jeux olympiques de 2004, à Athènes. D’où Fawaz mène-t-il ses affaires ? De Ferney-Voltaire, en France (juste à côté de Genève), où il a une résidence.

Autres grands acheteurs de bois libérien : le groupe Pinault, dont le père fondateur François Pinault est un intime de Jacques Chirac [1] ; la Compagnie française d’approvisionnement et de courtage (FAC France), fondée par Jean-Claude Aubry. Ce dernier appartient à une congrégation ouverte sur l’extrême-droite : l’Ordre équestre du Saint-Sépulcre de Jérusalem. Pour chevaucher les victimes du Taylorisme, c’est parfait.

[1Mais François Pinault vient de céder à son fils la direction de son groupe et de vendre le département bois.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 115 - Juin 2003
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