Survie

Tchad : Aide mazoutée

(mis en ligne le 1er juin 2003)

La Banque mondiale a joué un rôle décisif dans le lancement et le financement de l’exploitation du pétrole tchadien, au nom de la « lutte contre la pauvreté ». Elle n’aurait jamais dû le faire, puisque ses propres études montrent qu’aider une dictature renforce systématiquement la répression et la prédation.

Les propres services de la Banque ont récemment passé en revue les projets pétroliers et miniers qu’elle a soutenus : le résultat est assez désastreux. Mais ce genre d’étude est sans doute destiné aux oubliettes...

Au Tchad, après les vagues de nettoyage ethnique dans les zones pétrolières, on assiste maintenant à une sorte de colonisation rampante, rurale et urbaine, par le clan du dictateur Idriss Déby - à base d’expropriation forcée des habitants, de négation de leurs droits fonciers. Et c’est l’argent du pétrole qui finance les investissements sur ces terrains volés.

Cela ne va pas évidemment sans protestations, ni arrestation des protestataires - à Moundou par exemple, capitale économique du Sud, où le seul fait d’exhumer les bornes de propriété rend suspect de rébellion.

La Banque mondiale n’est pas seule à savoir que ses prêts ou dons (plus rares) seront détournés et augmenteront le potentiel de répression : la France aussi, qui a repris goût à Déby, et même l’Union européenne qui, pour plaire à la France, continue de masquer le détournement massif des fonds alloués au régime tchadien.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 115 - Juin 2003
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