Survie

Togo : Chirac vote Eyadema

(mis en ligne le 1er juin 2003)

Avec l’élection présidentielle du 1er juin au Togo, verrouillée à tous les niveaux, truquée de A à Z, dans un État policier en alerte, on atteint des sommets de la « démocratie Ubu », forgée dès 1991 au Cameroun pour empêcher que le suffrage populaire ne renverse les régimes néocoloniaux.

Le régime togolais y a quand même ajouté une “innovation” : radier les électeurs qui se sont abstenus lors du dernier scrutin législatif boycotté par l’opposition !

Eyadema, tel un Ceausescu, écrase son pays depuis quatre décennies. Devant une situation aussi insupportable et caricaturale, la position de Jacques Chirac était très attendue. Trois postures s’offraient à lui :
- dénoncer la manipulation, pour montrer un changement dans la politique africaine de la France ;
- en admettant qu’il soit trop difficile de se démarquer publiquement d’un vieux complice (qui pourtant s’était engagé solennellement, en 1998, à ne pas se représenter en 2003), prendre de la distance en s’abstenant rigoureusement de tout assentiment ;
- contribuer à la campagne de communication qui tentera de faire passer pour honnête une escroquerie.

C’est la troisième option que l’Élysée a choisie. Une campagne de ce genre requiert de faux témoins, des observateurs-bidons. Car les observateurs honnêtes s’abstiennent de venir cautionner une fraude certaine. Ainsi l’Union européenne a-t-elle décidé de ne pas envoyer d’observateurs.

Le petit cercle des admirateurs d’Eyadema ne disposant plus guère de figures crédibles (à la longue, les faux-témoignages décrédibilisent leurs auteurs), l’idée survint de faire appel à « des parlementaires ». Mais là encore, on ne pouvait se contenter de quelques marginaux connus pour la prostitution de leur titre. C’est alors que le Monsieur Afrique de Jacques Chirac a tenté et réussi la pêche au gros : déplacer Fodé Sylla, ancien président de SOS Racisme, député européen apparenté communiste. (Le Monde, 25/05).

Beaucoup doivent se retourner dans leur tombe devant pareille trahison, à commencer par les militants communistes de l’anticolonialisme. Y a-t-il pire racisme que de tenter de légitimer la réélection d’Eyadema, comme si les Togolais voulaient encore d’un tel tyran ? Monsieur Sylla, sauf à dénoncer seul la fraude dans un parterre de courtisans, votre crédit est épuisé.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 115 - Juin 2003
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