Survie

À FLEUR DE PRESSE : Juillet Août 2003 : Corruption

(mis en ligne le 1er juillet 2003)

La Tribune, Les nouveaux chemins de la corruption, 10/06 (Pascal JUNGHANS) :
« [On assiste] à la généralisation depuis deux ans de nouveaux modes corruptifs, échappant aux lois anticorruption, et permettant de créer des réserves financières occultes pour corrompre en toute sécurité des décideurs étrangers. Ils noircissent de l’argent légal en empruntant en sens inverse les mêmes chemins que les circuits du blanchiment où cheminent mafieux et terroristes.
[... Dans ] la dernière génération des modèles corruptifs, [...] le groupe corrupteur crée, par un acte confidentiel, un trust. Il en confie la propriété et l’administration à des trustees, banques ou avocats. Le trust peut alors créer, anonymement, une société intermédiaire dont il détiendra les actifs. Les revenus tirés de cette dernière pourront être affectés discrètement à n’importe quel usage et à n’importe quelle personne sans qu’aucun lien n’apparaisse entre l’origine et la destination.
Pour constituer l’indispensable réserve de corruption, les groupes corrupteurs s’appuient sur la création de filiales de gestion de trésorerie. Elles centralisent les flux financiers en provenance des filiales et les réinvestissent sur les marchés financiers, via des intermédiaires spécialisés, notamment des fonds d’investissement contrôlés par des trusts ad hoc. Ces fonds réalisent délibérément des mauvaises opérations financières au profit d’un intermédiaire ayant pour mandat de transformer son gain en une commission occulte.
L’autre “vecteur” est la captive de réassurance, filiale ne travaillant que pour le groupe et chargée de lisser les risques, contrôlée par un trust, elle aussi. Les corrupteurs s’arrangent pour que le rapport primes encaissées/sinistres soit anormalement favorable. Il permet ainsi la sortie de fonds pour alimenter la réserve de corruption.
[... Les] flux financiers de la corruption [...] sont [... ainsi] noyés dans une masse d’opérations parfaitement légales. [...] Trusts, fonds d’investissement et captives de réassurance sont évidemment domiciliés entre Bermudes et Antigua, dans des paradis fiscaux ensoleillés, où les lois anticorruption ne pèsent que leur poids de papier. [...]
Le Royaume-Uni est en train de placer ses territoires d’outre-mer, comme Antigua ou les îles Vierges, dans le champ de la convention de l’OCDE. Cela n’arrête pas l’imagination des corrupteurs. Aujourd’hui, ils transfèrent leurs montages dans des pays, bases de guerre contre le terrorisme, notamment dans l’est de l’Afrique. La lutte contre Al-Qaida permet de jeter un voile discret sur de douteuses pratiques... [...] Le compte à numéro dans une banque suisse fait un peu figure d’histoire ancienne. [... Dernière mode : ] le pot-de-vin versé à une association caritative ou un club sportif, [qui] échappe à la convention de l’OCDE puisqu’elle ne vise que la corruption d’agents publics. ».

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 116 - Juillet Août 2003
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