Survie

Togo : Eyadéma, dictateur à vie

(mis en ligne le 1er juillet 2003)

Étienne Gnassingbé Eyadéma s’est emparé du Togo par l’assassinat du président élu, Sylvanus Olympio, et la faveur de Jacques Foccart, l’homme des basses œuvres du gaullisme. Il vient d’étrenner une forme de présidence à vie, par l’éviction de l’élu des Togolais, Gilchrist Olympio, fils de Sylvanus, et la faveur de Jacques Chirac, « fils spirituel » de Foccart. Quatre décennies ont passé entre les deux épisodes. Quatre décennies de déchéance politique et économique pour le Togo, surnommé autrefois « la Suisse de l’Afrique ».

Au terme d’une énième élection truquée, marquée par le trafic des listes et des cartes d’électeurs, par le bourrage et la confiscation des urnes, le dictateur ubuesque est “réélu” pour un nouveau mandat. Le président Chirac, qui lui a ménagé un chœur d’observateurs complices, a chaleureusement félicité son confrère et ami. Il a salué « la volonté que vous avez exprimée de tendre la main à toutes les forces politiques de votre pays » - c’est-à-dire de convier les inévitables adeptes de la « politique du ventre » à partager les miettes du pillage national. Une technique éculée.

Jacques Chirac a aussi exprimé son « espoir de voir le Togo renforcer ses échanges avec la communauté internationale et renouer une relation de confiance avec l’Union européenne ». Ce sera un peu plus difficile, car l’Union n’a même pas daigné envoyer des observateurs à cette parodie d’élection.

On nous annonçait du changement dans la politique franco-africaine : là, elle recule de 40 ans, aux sources de la néocolonisation. Il ne faudra pas s’étonner si, après la Côte d’Ivoire, le Togo s’engage dans un processus d’implosion.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 116 - Juillet Août 2003
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