Survie

Togo : La manipulation au pouvoir

(mis en ligne le 1er juillet 2003)

À la pointe des techniques françafricaines de manipulation politique, la dictature togolaise, ses conseillers et ses parrains français, tentent de faire passer pour un sacre démocratique la réélection truquée, par tous les bouts, d’un tyran détesté. Les relevés établis par le réseau d’observateurs indépendants de la société civile togolaise montrent que, malgré tout l’appareil de contrainte et de propagande du régime, Eyadéma est arrivé loin derrière Emmanuel Bob Akitani, candidat du principal parti togolais, l’UFC de Gilchrist Olympio. Le fils de Sylvanus a été le vainqueur réel de l’élection de 1998 - nul analyste sérieux ne le conteste. Il n’aura donc servi à rien de l’empêcher de se présenter en 2003. Eyadéma, qui n’a jamais été légitime, a été désavoué dans les urnes il y a cinq ans. Il l’est à nouveau aujourd’hui.

Mais la manipulation de la vérité (si chère à la Grande Loge Nationale Française, qui domine aujourd’hui outrageusement les composantes africaine et hexagonale de la Françafrique) ne s’arrête pas aux résultats électoraux. Des associations des droits de l’Homme comme l’ACAT et Amnesty, ainsi que des journalistes togolais particulièrement courageux, s’efforcent de faire savoir au monde les exactions, assassinats et tortures commis par ce régime “ami de la France”. Les deux responsables du journal L’Événement ont été interpellés le 14 juin à Lomé pour « diffusion de fausses nouvelles, montage grossier et grotesque qui visent à salir l’image du pays ».

À quoi se résume leur crime, de l’aveu même du gouvernement togolais : ils ont été pris en flagrant délit dans un cybercafé, avec les photos de personnes blessées par les forces de sécurité (des accidentés de la route, selon les “autorités”). Ils sont soupçonnés d’avoir voulu les diffuser sur Internet. Qu’y peuvent-ils si, sous une dictature, la vérité salit l’image du régime ?

En 1999 déjà, un rapport d’Amnesty montrait qu’Eyadéma avait fait massacrer plus d’une centaine de personnes, civils et militaires. Le Président togolais et son homologue français, Jacques Chirac, avaient de concert évoqué une manipulation, avant qu’une commission d’enquête internationale ne reconnaisse le sérieux des accusations d’Amnesty.

Si des personnes sont blessées par les milices du pouvoir, c’est que les démocrates togolais manifestent légitimement leur rejet d’Eyadéma, de ses suppôts et de ses maîtres. En vertu de sa propre Constitution, qui légitime depuis deux siècles le refus de la tyrannie, le peuple français ne peut que leur donner raison.

En se rendant à Lomé le 20 juin pour assister à la cérémonie de ré-investiture d’Eyadéma, le Monsieur Afrique de l’Élysée, Michel de Bonnecorse, et le ministre de la Coopération, Pierre-André Wiltzer, ne sont pas des représentants de la France, seulement des nostalgiques de l’Ancien Régime.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 116 - Juillet Août 2003
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