Survie

A fleur de presse : Rwanda, retour au bercail du général Rwarakabije

(mis en ligne le 1er janvier 2004) - Sharon Courtoux

Observatoire de l’Afrique Centrale, Rwanda, le général Paul Rwarakabije, 20/11/2003 (Pierre BIGRAS) : " Le retour au bercail du général Rwarakabije, [...] bientôt suivi par une centaine d’hommes en armes des FDLR [Forces démocratiques de libération du Rwanda [1], [...] soulève un coin de voile sur les rumeurs persistantes concernant la présence des troupes rwandaises à l’est du Congo-K. Bien que Kigali ait pris la peine de nier que Kinshasa ait été impliqué de quelque manière que ce soit dans les négociations qui ont conduit au retour du cœur de l’État-major militaire des FDLR au Rwanda, il est bien évident que cette affirmation ne trompera personne.

L’Obsac avait d’ailleurs soulevé la possibilité d’une telle collaboration entre Kigali et Kinshasa dans un article intitulé La présence et l’absence [2], publié le 25 octobre 2003. [...] Le général Rwarakabije qui est présenté comme le commandant en chef des forces armées des FDLR, a été accueilli en grande pompe sur le tarmac de l’aéroport de Kigali par le général James Kabarebe. Les Afande [officiers] de Kigali semblent donc avoir fait “une offre qu’il ne pouvait refuser” au général rebelle. On ne parle plus ici de poursuites criminelles contre des génocidaires, mais bien du retour au bercail de l’enfant prodigue. Voilà qui, à l’heure où la tolérance zéro en matière de divisionnisme ethnique est devenue le credo du régime rwandais, ressemble drôlement à un coup de maître. Il ne fait aucun doute que l’étonnant spectacle d’un James Kabarebe accueillant un général Rwarakabije en frère d’armes devant les médias rwandais et internationaux, en dit long sur la maîtrise absolue qu’exerce maintenant le FPR sur la scène politique rwandaise. Quelques jours après son retour au pays, le général Rwarakabije lançait un appel à la reddition des troupes dont il assumait hier encore le commandement. Cela indique que lui-même et la centaine de militaires qui sont revenus au Rwanda constituent une faction dissidente et que d’autres militaires des FDLR, encore nombreux sans doute, ont décidé qu’il leur était impossible ou inacceptable de poser le même geste.

Sans doute qu’eux et leurs maîtres et commanditaires politiques estiment que la conférence internationale sur la région des Grands Lacs, prévue par les Nations unies en juin 2004 en Tanzanie, offre une nouvelle occasion de modifier le rapport de force politique avec les Afande de Kigali. Rien n’est moins certain... En attendant le Quai d’Orsay annonçait que la France est “très favorable” à la tenue de cette conférence internationale dont elle a fait la promotion depuis des années. "

Il est peu probable, en effet, que la RDC n’ait joué aucun rôle dans ce retour au Rwanda (salué par le Quai d’Orsay) du commandant en chef des (FDLR). Peut-on pour autant, au lendemain de cet événement inattendu, évoquer la naissance d’une diplomatie régionale, indépendante d’“influences” extérieures au continent ? L’avenir le dira - et s’il dit oui, ce ne serait pas une mauvaise nouvelle. Ladite région n’ayant guère que des problèmes à régler, qu’elle se décide à les prendre à bras le corps autrement qu’à la pointe du fusil pourrait changer le cours de son histoire. La France favorise de longue date le projet de tenir, sous l’égide de l’ONU, une conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Il ne faut pas trop d’imagination pour deviner qu’elle ne sera pas seule à s’y intéresser. Gageons que les nombreux “interlocuteurs” de la région seront de la partie, chacun à côté de ses “préférés”. Et de ses intérêts. Ceux de la région ne seront privilégiés que dans la mesure où les dirigeants de celle-ci se décideront à en maîtriser la gestion et le partage. Au bénéfice des populations...

Sharon COURTOUX

[1Mouvement politico-militaire opposé au régime de Kigali, opérant à partir de la RDC. Selon Kigali, le général Rwarakabije ne figure pas parmi les éléments des FDLR qui ont participé au génocide.

[2À lire sur www.obsac.com.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 121 - Janvier 2004
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