Survie

Cameroun : Chirac veille-t-il bien sur les billets de Biya ?

(mis en ligne le 1er janvier 2004) - Odile Tobner

Dans un écho de la Case à devinettes de La Lettre du continent (04/12/2003), intitulé Un missi dominici camerounais à la valise pleine, on peut lire : " Quel est l’envoyé spécial camerounais qui s’est fait arrêter fin octobre à Roissy avec 2 milliards de FCFA en devises et n’a pu être délivré que par le directeur de cabinet civil de la Présidence ? " En bon latin le missus dominicus est " l’envoyé du maître ". Si on comprend bien, ce seraient donc Biya et sa femme qui feraient partir depuis quelques semaines des valises énormes de devises notamment vers la France, au rythme de deux fois par mois, soit des montants totaux estimés à 6 milliards de FCFA (près de 10 millions d’euros), en direction, entre autres, de la BNP-Paribas et du Crédit Lyonnais. Si c’est vrai, on se demande comment toutes ces espèces peuvent bien ne pas allumer les signaux anti-blanchiment.

Dans le même numéro de La Lettre du Continent, on apprend qu’" entre les annulations de dettes, les redevances du pipe-line Doba-Kribi et les fonds du sida, le Cameroun ne va bientôt plus savoir quoi faire des tombereaux de millions de dollars qui se déversent sur sa tête (ou plutôt celle de la nomenklatura) ". Ceci expliquerait donc le regain d’activité du pipe-line à sous Yaoundé-Paris.

À la suite des malencontreuses déclarations de Chirac à Tunis (cf. A fleur de presse du même numéro), Alain Duhamel publie, dans la rubrique Rebonds de Libération (10/12/2003), un article intitulé Chirac, notre Houphouët, où il se livre à une comparaison filée, un tantinet forcée. Il affirme notamment que " La doctrine Chirac pour l’Afrique, c’est le développement en deux temps, économique d’abord, politique plus tard ". Si seulement c’était cela ! À la lumière de l’histoire, on peut dire que la doctrine des présidents français depuis cinquante ans pour l’Afrique est d’une évidence aveuglante, c’est " pas de développement du tout " et " à nous les valises ! ". Comment expliquer autrement que, après trente ans de rente pétrolière, qui aurait dû les hisser au niveau de vie des habitants de Dubaï, la très grande majorité des 1 200 000 habitants du Gabon vivent dans la pauvreté ? Comment expliquer la misère publique des États pétroliers du golfe de Guinée ? Où est passé l’argent ? Mais dans les valises bien sûr !

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 121 - Janvier 2004
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