Survie

Congo Brazzaville : Re-Barril

(mis en ligne le 1er janvier 2004) - Christian Loubier

Entre Sassou III [1] et son gendre Omar Bongo, il y a le non-dit de la bataille pour le leadership dans la sous-région Afrique centrale. En effet, Sassou Nguesso a toujours cherché à s’affranchir de la tutelle de son homologue gabonais - contrairement à son prédécesseur, Pascal Lissouba, qui était “pieds et mains liés” face à Bongo. Ce dernier en est même arrivé à lui déléguer comme trader du pétrole congolais à Londres son propre conseiller aux hydrocarbures, le très discret bénino-gabonais Samuel Dossou Aworet. Un coup dur pour la souveraineté du Congo ! Ce qui aurait fait dire à Pascal Lissouba, selon son entourage aujourd’hui en exil, qu’"en fait Bongo, via Dossou, n’aurait pas eu un comportement très catholique avec les barils de pétrole du Congo". S’occupant à l’époque de la sécurité du président Lissouba, Paul Barril aurait été mis au parfum de ces faits par son employeur. Mais le 15 octobre 1997, Sassou Nguesso, avec l’aide d’armées extérieures et de la France, chasse Lissouba du pouvoir et s’y installe. Dans l’euphorie de ce retour sanglant au pouvoir, il limoge tous azimuts. Samuel Dossou en fera les frais lui aussi, avec tant d’autres. "Le Congo commercialisera sa part de brut [2] sans l’aide extérieure ", tonne-t-on à Brazzaville. Pour ce faire, la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) est mise sur pied. Et avec elle vont commencer les nouveaux déboires financiers du pays. Parallèlement à cela, toujours dans sa volonté d’affranchissement de la tutelle de son gendre Bongo, Sassou III a créé, à l’image de ce dernier, sa propre loge maçonnique (une excroissance locale de la GLNF) dont il est "le vrai maître à bord". Le recrutement du soldat Barril (LdC, 20/11/2003) dans le dispositif de sécurité de Sassou III participerait aussi au souci de “l’homme fort de Brazzaville” de tenir en respect son homologue gabonais. Selon nos sources, Sassou III profiterait à cet égard d’une arme détenue par Paul Barril : des informations gênantes sur les marchandages du pétrole congolais que réalisait Bongo via son conseiller aux hydrocarbures Samuel Dossou. Ce chantage, s’il en est un, ouvre un énième front pour Omar Bongo. En effet, son régime essuie en ce moment de sérieux revers. Tenu par un système de corruption à vaste échelle, il voit depuis un moment sa capacité de redistribution prébendière (sa ligne de stabilité et de survie) s’amenuiser à cause du déclin de sa production pétrolière. Le FMI boude ce régime pour absence de transparence dans la gestion des deniers publics. L’avenir de ce pays rentier s’assombrit de plus en plus. Du coup, l’influence du “doyen Omar” est mise à mal. Son épouse, fille aînée de Sassou, rêve d’une carrière politique au pays de papa (LdC, 04/12/2003). Mesure de précaution avant le naufrage du navire Gabon ? Le lâchage du soldat Bongo serait-il déjà programmé en Françafrique ? De nouveaux “émirs pétroliers” de la sous-région, les présidents équato-guinéen et tchadien, Teodoro Obiang et Idriss Déby sont déjà dans les starking blocks... Dans tous les cas, le retour de Paul Barril au Congo-B promet des rebondissements.

Christian Loubier

[1Denis Sassou Nguesso déguisé en président "démocratiquement élu”, en 2002, après le Sassou dictateur et le Sassou putschiste.

[2Obtenue grâce au contrat de partage de production désormais en vigueur depuis 1994.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 121 - Janvier 2004
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