Survie

Ils ont dit : Appel de la Communauté comorienne de France

(mis en ligne le 1er janvier 2004) - Pierre Caminade

"Malgré les accords de “Fomboni 2” [...], les Comores ne disposent toujours pas de Parlement central ou local élu. [...] S’agissant de l’unité nationale, le gouvernement Azali a abandonné, au lendemain de son coup d’État, l’idée de réconciliation nationale [...]. À telle enseigne que, lorsque le 27 octobre 2003, les compatriotes vivant à Mayotte ont vu leurs cases incendiées par le maire de Bandrélé, sous la surveillance bienveillante de la gendarmerie de l’île, ce gouvernement central s’est illustré par son mutisme, même lorsque le Préfet de Mayotte justifiait cet acte ignoble. Le régime Azali est passé maître dans l’art de réprimer les manifestations revendicatives du peuple. Déjà, en 2001, il faisait usage de fusils chargés de “balles réelles” [...]. Le mercredi 26 novembre 2003, jour sacré de l’Aïd-el-Fitr, il faisait à nouveau usage de ses armes chargées de balles réelles, sur des manifestants pacifiques réclamant le respect des Accords de Réconciliation nationale, faisant plus de 15 blessés dont quatre grièvement. [...] Préoccupée par les graves dérives autocratiques du régime Azali, son abandon de la défense de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale, la répression sanglante qu’il exerce sur le peuple comorien, son mépris des libertés collectives et individuelles et l’impunité dont il jouit, la Communauté Comorienne de France : condamne la fascisation du Gouvernement de l’Union des Comores, exige le respect des “Accords de Réconciliation Nationale”, réclame avec vigueur le respect des libertés démocratiques, la libération de tous les prisonniers politiques, et une justice équitable."

La Communauté comorienne de France, Appel lancé le 06/12/2003 pour une manifestation ayant rassemblé 300 personnes à Marseille.

Les Comoriens n’ont plus droit de protester qu’à Marseille, puisque la France, et le colonel franco-comorien Azali, leur refusent ce droit sur leur archipel. En effet, à Mayotte, l’administration française d’occupation a empêché une marche de protestation contre l’incendie d’un village par les employés municipaux, le 1er novembre à Brandélé ! (Le Quotidien de la Réunion, 05/11/2003, p. 28, et Billets n°120). Et dans le reste de l’archipel, c’est le colonel putschiste qui fait tirer sur les manifestants ! Ce qui n’empêche pas Jean-Jacques Brot, préfet égaré à Mayotte, d’affirmer que l’arrivée d’Anjouanais sur l’“Hippocampe”(Mayotte) "est dangereuse parce qu’elle remet en cause le suffrage universel et la démocratie française" (QdlR, 10/11/2003, p. 19). Face à la remarque "les Anjouanais n’ont pas le droit de vote [à Mayotte] !", il ne se laisse pas démonter : "Dieu merci, [...] imaginez qu’on installe chez vous une personne qui n’a rien à voir avec vous dans votre maison... Est-ce que vous trouveriez cela normal ?". C’est beau comme du Marchiani... Il ne faut pas y chercher une logique : on en viendrait à ne pas trouver normal que des Français (qui “ n’ont rien à voir ” avec les Mahorais, alors que les quatre îles des Comores dont Mayotte comportent les mêmes brassages ethniques) s’installent à Mayotte. À moins qu’il ne faille y entendre : “ les Français d’abord, et partout ! ” À Marseille, des colleurs d’affiche du FN ont tué un Comorien. À Mayotte, d’autres crétins incendient leurs maisons... mais ces derniers représentent l’administration française !

Pierre CAMINADE

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 121 - Janvier 2004
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