Survie

Togo : L’UE veut relancer la pompe à fric

(mis en ligne le 1er juillet 2004) - Victor Sègre

À l’instigation de la France, le Conseil de l’Union Européenne avait accepté en avril dernier la reprise de son aide économique au Togo - interrompue depuis 1993 pour " déficit démocratique " - sous réserve d’un planning de réformes (cf. Billets n° 126) qui a dû beaucoup amuser le plus vieux dictateur de la Françafrique.

Parmi celles-ci, figurait la libération de tous les prisonniers politiques. Pas de chance ! Une semaine à peine après le jugement de neuf militants emprisonnés de l’UFC, parti pivot de la vraie opposition, le ministre de la Justice Katari Foli-Bazi a déclaré sans rire : " Après avoir procédé à une étude cas par cas des prisonniers, nous nous sommes rendu compte qu’il n’y a pas de détenus politiques dans nos maisons d’arrêt, il n’y a que des détenus de droit commun. " (AFP, 26/05/2004). Preuve de sa bonne volonté, il ajoute : " Mais étant donné que des engagements pris nous recommandent de consulter les ONG, nous sommes en concertation avec elles, afin d’arrêter une éventuelle liste ".

Eyadema rejoue la grande cérémonie de la Réconciliation nationale, nouvelle mouture de la " démocratie apaisée ". Il en appelle à la " tolérance " (sic) et au dialogue. Seule l’"opposition" aux ordres ayant d’emblée répondu présent, le Ceausescu africain feint de s’étonner du manque d’entrain des véritables démocrates - pour la plupart contraints de vivre en exil, comme un cinquième de la population.

L’Union Européenne a apparemment choisi de se prêter à cette comédie désolante : une première mission composée de deux " experts " était attendue à Lomé début juin pour " évaluer les progrès " (AFP, 28/05/2004). Une échéance que n’a pas attendu Michel Scarbonchi, ancien député européen du groupe GUE (Gauche unitaire européenne : communistes et apparentés), pour voler au secours de son ami Eyadema, qu’il avait déjà soutenu pour les dernières " élections " présidentielles. Le comité des Ambassadeurs du groupe des pays Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP, dont les représentants siègent aux côté des députés européens au sein d’une assemblée paritaire) a également apporté tout son soutien au rapport que le gouvernement togolais a fait rédiger pour les experts européens : malheureusement, les dictateurs sont encore majoritaires dans ce groupe.

Pas bégueule, la mission européenne (emmenée par Anna Sylvia Piergrossi, chef de la division Afrique de l’Ouest de la Commission européenne, et Arend Biesebrock, responsable géographique, aidés de Klaus Günther Grobmann, ambassadeur d’Allemagne, de Stefan Frowein, délégué de la Commission à Lomé et de Gilles Desesquelles, chargé d’affaires de l’UE) a souligné la " bonne volonté du gouvernement togolais à mettre en œuvre ses engagements. " (AFP, 05/06/2004). Ce gouvernement " a commencé la mise en œuvre de ce qu’il pouvait faire pour commencer la mise en œuvre " a notamment déclaré la chef de mission. Tout s’éclaire ! Une bonne volonté que ne salue pas vraiment la Fédération internationale des droits de l’Homme, qui a rendu public deux jours plus tard un rapport d’enquête assez explicitement intitulé Togo : l’arbitraire comme norme et 37 ans de dictature.

Il n’empêche, selon l’organe du pouvoir République Togolaise (14/06/2004), les partis d’opposition, dont l’UFC, ont été " convaincus [...] de participer à une dialogue qui va dans le sens des intérêts de la population togolaise " par d’" amicales pressions de l’Union européennes ". Le même journal se gargarise d’ailleurs de l’appréciation du Monde qui, sous la plume de Jean-Philippe Rémy, considère qu’il s’agit là d’" un premier pas, mais il est d’importance ". Comme si le pas à franchir dépendait de la bonne volonté d’une opposition récalcitrante, et non de l’évacuation du dictateur...

Victor Sègre

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 127 - Juillet Août 2004
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