Survie

Dictatures francophones

(mis en ligne le 1er novembre 2004)

Fin novembre à Ouagadougou, à l’occasion du Sommet de la Francophonie, on nous refera le coup de la double << exception française >> : la langue de l’intelligence contre celle de la marchandise, pionnière des droits de l’Homme. En réalité, la grande majorité des participants africains seront des dictateurs, venus se réconforter sous ce label d’exception.

L’hôte lui-même, Blaise Compaoré, est le coordonnateur d’un consortium mafieux, scellé dans le sang de Thomas Sankara - avant d’ensanglanter le Liberia, la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire. L’assassinat impuni de l’immense journaliste Norbert Zongo a montré comment << le beau Blaise >> entendait continuer de bâillonner son peuple. Son masque affable et impavide le maintient parmi les favoris de la Françafrique.

Paul Biya viendra auréolé d’une <> triomphale. Quatorze ans de trituration de l’opposition et de charcutage du corps électoral lui permettent même d’éviter les fraudes les plus voyantes : l’expression du peuple est capturée par un dispositif électoral et un appareil politico-administratif parfaitement maîtrisé (que d’ingénierie dévoyée !). Cela a quelque chose de terrifiant. << Un État violent, gangrené par la corruption, continuera à régner par la peur et l’arbitraire sur des sujets appelés citoyens jusqu’à l’explosion finale >>, résume le militant tunisien Moncef Marzouki à propos d’une autre dictature, celle de Ben Ali (voir Ils ont dit).

Eyadéma, Sassou Nguesso, Déby, Bongo, Guelleh, Ould Taya, Azali, Bouteflika, etc. ont eux aussi << le français en partage >>, plus les accolades de Jacques Chirac, parrain de la Françafrique. Une série de manifestations en France et au Burkina en ce mois de novembre, et la contestation d’un nombre croissant d’écrivains et de musiciens africains francophones, montreront que cette confiscation au sommet ne saura nous déposséder d’une langue autrement verte et vivante. Avec laquelle nous refuserons une sorte de fatalité orwellienne de la dictature.

François-Xavier Verschave

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 130 - Novembre 2004
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