Survie

Irak : SALVES : Otages... de la Françafrique

(mis en ligne le 1er novembre 2004)

L’on sait que la " grande politique arabe " de la France est abondamment graissée de rétrocommissions. Cela s’est encore confirmé avec l’apparition de Charles Pasqua et de Patrick Maugein, intermédiaire de Jacques Chirac, dans la liste des bénéficiaires des largesses pétrolières de Saddam Hussein. De quoi largement polluer, dans les négociations pour la libération des deux journalistes français otages en Irak, la référence aux grands principes et au juste refus par la France de la guerre atlantiste contre ce pays.

Ainsi, Paris n’a pas su ni voulu empêcher l’intrusion dans ces négociations d’un commando françafricain caricatural. Car cette Françafrique-là a toujours ses entrées à l’Élysée. Qu’on en juge :
- Philippe Evano, l’un des initiateurs de l’expédition Julia, professeur d’histoire à la Sorbonne, est aussi " l’un des derniers animateurs du MIL (Mouvement initiative et liberté) et de l’UNI (Union nationale inter-universitaire) ", deux créatures très droitières de Jacques Foccart (dont Jacques Chirac fit sur le tard son père spirituel). " À la dernière garden-party du 14 juillet, il est d’ailleurs - sur la photo - bras dessus bras dessous avec le ministre [de la Coopération] Xavier Darcos et toute l’équipe de l’IPA (Institut de prospective africaine) qu’il préside. " Il est fréquemment reçu par le Monsieur Afrique de l’Élysée, Michel de Bonnecorse (Le Canard enchaîné, 06/10/2004). Il va créer pour Omar Bongo une " Fondation pour l’environnement ". (LdC, 14/10/2004)
- Moustafa Bziouit, alias Aziz, est l’un des principaux conseillers de l’entourage de Laurent Gbagbo, avec le pasteur Moïse Koré et Honoré Gbanda, l’ancien sécurocrate des dernières décennies de Mobutu, capté par la Françafrique depuis 1978 (sous la houlette du général Lacaze puis du capitaine Barril). Aziz a mis à la disposition de l’équipe Julia des valises à billets et l’un des avions de Laurent Gbagbo - qui espérait se " racheter " auprès de Paris ? " Il me fallait un avion rapide [...], il me l’a donné tout de suite ", admet Didier Julia (AFP, 04/10/2004). - Selon Gbagbo, " un "ami" de cette "équipe parallèle" téléphonait directement de son bureau à Jacques Chirac et lui envoyait des fax " (LdC, 14/10/2004). Ce n’est pas une parole d’Évangile, mais c’est très possible : selon Le Monde (05/10/2004), l’ex-sénateur Jean- Pierre Camoin, pivot de l’affairisme françafricain en Côte d’Ivoire, que Jacques Chirac embrasse avec effusion, a fait l’intermédiaire entre l’entourage de Gbagbo, l’Élyséen Michel de Bonnecorse et la Madame Afrique du Quai d’Orsay, Nathalie Delapalme. À l’Unesco, Aziz a pour chef de cabinet un ancien du Quai, Bruno Carnez.
- Philippe Brett, le comparse de Julia, intermédiaire affairiste et souverainiste entre Paris et Saddam Hussein, " est réputé proche des milieux du renseignement ". Il a été le garde du corps de Bruno Gollnisch, n° 2 du Front national - lui même ex-officier de la DPSD (Direction de la protection et de la sécurité de la Défense), qui supervisait le mercenariat français baigné dans l’extrême-droite. Evano et Brett " ont déjà travaillé ensemble sur l’Afrique " (Libération, 30/09 et 06/10/2004). DMT, une société de Brett, a vendu des armes et des menottes à la police de Bongo. Brett logeait son association pro-irakienne 24 rue de Penthièvre, l’adresse du mouvement " Demain la France " de Charles Pasqua, ancien ministre de l’Intérieur et de la Françafrique... (Le Canard enchaîné, 06/10/2004).
- " L’équipe dépêchée à Damas était dirigée depuis Paris par un certain Gérard Daury, un ancien du Service d’action civique (SAC) " et du MIL (idem) : un fort parfum de barbouzerie, entre Foccart et Pasqua, les Françafricains rivaux de la maison Chirac, incapable de se démarquer d’un si lourd passé.

François-Xavier Verschave

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 130 - Novembre 2004
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