Survie

Tchad : ILS ONT DIT... : pétrole

(mis en ligne le 1er novembre 2004) - François-Xavier Verschave

" [Nous allons mettre en place] un cadre juridique pétrolier moderne, souple et incitatif, favorisant des investissements dans le domaine des industries extractives et permettant aux opérateurs économiques d’étendre leurs champs d’action. [...] En retour, nous exigeons de nos partenaires le bon sens et l’honnêteté pour nous éviter le syndrome de certains pays producteurs et exportateurs du pétrole. "

Idriss DÉBY, président tchadien, le13/10/2004, cité par l’AFP du jour

Ce discours concluait un bras de fer entre l’un des dictateurs les plus goulus d’Afrique et le n° 1 mondial du pétrole, Exxon. Le mot " honnêteté " résonne drôlement dans ce contexte.

Le 7 octobre, Idriss Déby avait dénoncé avec virulence le fait que le consortium pétrolier mené par Exxon affiche un prix de vente dérisoire du pétrole tchadien (très en dessous du cours mondial) et donc ne rémunère que fort peu un État que lui-même, Déby, pille consciencieusement.

Cela fait un lustre que le vainqueur réel de la présidentielle de 2001, le député Ngarléjy Yorongar, a dénoncé le contrat léonin accepté par Déby en échange du soutien occidental à son régime dictatorial. Les associations des droits de l’Homme avaient, elles aussi, dénoncé ce deal - comme l’a rappelé Dobian Assingar, président de la Ligue tchadienne des droits de l’Homme (LTDH), tout en approuvant cette indignation tardive.

Mais Idriss Déby n’a fait qu’imiter le " bras de fer " avec Elf de son aîné et allié Denis Sassou Nguesso : il s’agit d’obtenir plus d’argent, non pour le Tchad ou le Congo-Brazzaville, mais pour le clan au pouvoir. Six jours après le discours de colère, Déby annonce le 13 octobre sa réconciliation avec le consortium autour d’un " cadre juridique pétrolier moderne, souple et incitatif ". Comme à Brazzaville, la souplesse et la modernité viseront surtout à augmenter considérablement la part présidentielle dans la marge colossale prélevée sur l’or noir tchadien.

François-Xavier Verschave

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 130 - Novembre 2004
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