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Tunisie : ILS ONT DIT... : élections

(mis en ligne le 1er novembre 2004) - Billets d’Afrique et d’ailleurs...

" En Tunisie, le 24 octobre, [... les] élections présidentielle et législatives [...] montreront comment la démocratie peut être insultée par le détournement et la manipulation de ses mécanismes afin de jeter un voile de légitimité sur la dictature. [...] Un État violent, gangrené par la corruption, continuera à régner par la peur et l’arbitraire sur des sujets appelés citoyens jusqu’à l’explosion finale. [...] L’installation et le maintien d’une dictature est, au mieux, considérée dans les pays démocratiques comme une fatalité. Au pire, elle est envisagée comme une situation normale [...]. Non, il n’y a aucune fatalité [...] si l’on se donne simplement la peine de considérer la dictature pour ce qu’elle est : une maladie politique et sociale qui tue et blesse des millions d’hommes, [...] susceptible d’être contrôlée, voire éradiquée. [...]

La société civile internationale se doit de réagir fermement devant toutes les élections "à la tunisienne", en les dénonçant et en faisant pression sur les gouvernements démocratiques pour ne pas en reconnaître les résultats. Les commanditaires [...] doivent être systématiquement dénoncés, car ce sont les mêmes [...] qui ne reculent en rien devant l’usage systématique de la torture. [...]

Face à un pouvoir illégitime et répressif, coupable de violer les textes qui constituent l’équivalent d’une véritable Constitution universelle, [...] il manque une pièce-clé [...] qui, dans le monde entier, rendrait impossibles ou sans lendemain des élections "à la tunisienne", [...] une Cour constitutionnelle internationale. [...]

Osons rêver et imaginons un organisme chargé de veiller à ce que tous les États occupant leur siège à l’ONU et reconnus par tous les autres États, soient des États légitimes, donc issus de vraies élections [...]. Cette cour pourrait contrôler le processus électoral. [...] En cas de refus, la sanction serait la prononciation de l’illégitimité internationale. [...]

La création de la CCI, à l’instar de celle de la CPI, ne peut être que le résultat d’un long combat. Mais peu importe le temps que cela prendrait si la démarche annonce la prise de conscience que la liquidation de la dictature, facteur d’avilissement des hommes, de pauvreté des peuples et de guerre entre les nations est devenue un projet cohérent et déterminé. "

Moncef MARZOUKI, président d’honneur de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme. Rebond dans Libération du 19/10/2004

Les convictions développées par Moncef Marzouki sont proches de celles qui ont suscité notre campagne contre le soutien de la France aux dictateurs africains. Les objectifs sont les mêmes : délégitimer ces régimes, disqualifier ceux qui les soutiennent.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 130 - Novembre 2004
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