Survie

A FLEUR DE PRESSE - Mépris

(mis en ligne le 1er décembre 2004) - Sharon Courtoux

Le Monde, Jacques Chirac :
“Les Africains sont joyeux par nature”, 16/11/2004
(Dominique DHOMBRES) : « Jacques Chirac répondait [...] aux questions d’un millier d’étudiants rassemblés, dimanche 14 novembre [...] à Marseille. [...] Un étudiant demandait à Jacques Chirac ce qu’il pensait du fait que trois milliards d’habitants de cette planète vivaient avec 2 dollars par jour, c’est à dire moins que la somme versée, également chaque jour, par l’Union Européenne pour chacune de ses vaches.
Le président de la République défendait rapidement les vaches et leurs subventions, qualifiées de “faux problèmes”, et se livrait à une confidence personnelle : “Chaque fois que je vais en Afrique, le chef d’État concerné vient me chercher en général très gentiment à l’aérodrome et, sur les quelques kilomètres du parcours, il y a toujours beaucoup de monde, et je regarde toujours attentivement ces gens parce qu’on apprend beaucoup plus dans un regard que dans un dossier”, disait-il.
Et que voit-il alors ? Des jeunes, beaucoup de jeunes, énormément de jeunes “qui ont entre cinq et quinze ans” et qui se tiennent sur le passage de sa voiture. “Ils sont joyeux, parce que les Africains sont joyeux par nature. Ils sont enthousiastes. Ils ont le sourire. Ils applaudissent. Ils sont contents. Ils voient qu’il y a un monsieur qui passe, cela leur permet d’être sur le bord de la route. Ils sont contents, bien !”, poursuit Jacques Chirac, qui se pose alors une question à lui même. »

Que les vaches soient ou non un faux problème, il est certain que Chirac en est un vrai ! Puisqu’il ne sait pas lire un dossier, on lui mettrait bien un joug de tête pour le promener chez les Africains tombés sous le joug des dictateurs qui bénéficient de sa fidèle amitié. Pour qu’il soutienne le regard douloureux des millions d’hommes et de femmes qui en subissent les conséquences. Pour qu’il apprenne que la nature de ces hommes et de ces femmes n’a rien de particulier, si ce n’est qu’elle est sans doute moins souvent joyeuse que celle des Princes de ce monde au chaud dans leurs palais. Et s’il a alors enfin compris, en utilisant un peu mieux sa propre méthode à cette fin, nous aurions peut-être la satisfaction de le voir se retirer dans quelque ermitage finir ses jours à faire pénitence.

Sharon Courtoux

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 131 - Décembre 2004
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