Survie

A FLEUR DE PRESSE - Polynésie

(mis en ligne le 1er décembre 2004)

Tahiti-Pacifique magazine, Une crise inacceptable, novembre 2004 (Alex W. du PREL) : « Tahiti se retrouve avec deux présidents et deux gouvernements, les “légalistes” opposés aux “légitimistes”. [...] Les coups bas, la désinformation, les pratiques de corruption menées quasiment au grand jour s’accompagnent tantôt d’un silence bienveillant, tantôt de coups de pouce qui témoignent de la très forte communauté d’intérêts (et de craintes ?) entre l’actuel gouvernement métropolitain et la “machine Flosse”. Il est vrai que leurs destins sont semblables. En métropole, le gouvernement mis en minorité lors des deux dernières élections (régionales et européennes), se maintient en vertu du droit (et non de l’éthique). [...] Faut-il qu’en France la démocratie soit bien malade [ ? ...]
Il arrive un temps où les « systèmes » mis en place s’effondrent, obsolètes. Les partis et les syndicats assujettis au pouvoir n’arrivent plus à rallier et encadrer une opinion lassée de constater que ses problèmes et aspirations sont méprisés, où l’affairisme des dirigeants empêche tout progrès. Le temps du changement (taui) est arrivé en Polynésie française et les honteuses magouilles qui visent à l’étouffer n’apporteront que quelques délais précaires à un système agonisant. »

Le lecteur trouvera in extenso ce cinglant éditorial sur www.tahiti-pacifique.com

Tahiti-Pacifique magazine, Surveillance, filatures, espionnage, le GIP était bien une milice de l’ex-président Flosse, octobre 2004 (Alex W. du PREL) : « De nombreuses personnes - dont votre fidèle serviteur - ont été espionnées et surveillées avec des moyens tout à fait illicites par le GIP (Groupe d’intervention de Polynésie) mais aussi par une sorte de RG (Renseignements généraux) du Territoire qui s’était mise en place depuis 1995 à la Présidence de Tahiti.
[... Étaient aussi visés] les proches de Président, un signe plutôt évocateur d’une paranoïa ambiante. [...] En plus de ses “agents réguliers” bien connus, des gendarmes à la retraite tels MM. Montezinos et Havet, le “Service d’études de la Présidence” [rendu officiel par l’arrêté n°223PR du 13 mai 1997], utilisait aussi les hommes du GIP selon ses besoins.
En effet, une seconde cellule de “services secrets” au sein du GIP (dirigé par Léonard “Rere” Puputauki qui répondait directement au président Flosse) avait été montée par un certain Félicien Micheloni, adjudant-chef de la DGSE, dès le lendemain des évènements de septembre 1995 [les troubles consécutifs à la reprise des essais nucléaires]. Déjà étoffé de 15 personnes en 1997, cette “Piscine” tahitienne augmentera constamment le nombre de ses “agents”, jusqu’à la chute de M. Flosse en juin 2004 où ils étaient une cinquantaine. [...]
Un [...] témoignage explique que quatre dames étaient disponibles pour “séduire et coucher avec l’ennemi”, ce qui créa d’ailleurs quelques drames : si elles refusaient de “donner leur corps pour le pays”, elles étaient tout simplement licenciées. [...]
En ce qui concerne la rémunération de ces “espions”, la discrimination était flagrante. Alors que les agents du GIP étaient rémunérés au Smig (105 000 Fcfp/mois) avec des contrats politiques d’un an renouvelables, sans heures supplémentaires payées alors que parfois les filatures allaient jusqu’à 4 heures du matin, les expatriés, eux, encaissaient les gros magots : 831 000 Fcfp/mois pour Micheloni, 950 000 Fcfp pour Yhuel et [...] 600 000 Fcfp pour les gendarmes à la retraite, et n’oublions pas les 1 478 000 [Fcfp/mois] que percevait le colonel (du GIGN) à la retraite Lionel Chesneau, dont la mission au GIP était “d’éviter les dérapages” et qui ne pouvait pas ne pas être au courant de ces pratiques. [...]
Et quel résultats M. Flosse a-t-il obtenu grâce à ce coûteux et minable dérapage ? Rien qui soit vraiment d’intérêt, ni complot, ni crime dévoilé. Par contre, ces surveillances (dont l’existence était connue et se murmurait dans les alcôves des institutions territoriales) nourrissaient une sorte de crainte permanente chez les fonctionnaires et courtisans.
Or cette “peur de déplaire au Président” était justement devenue la base du “système Flosse”. Apparemment celui-ci n’a pas perçu la leçon de son échec électoral, puisqu’il y a deux mois des anciens espions du GIP ont été contactés pour se voir offrir un emploi similaire au [sein de son parti, le] Tahoera’a. »

Ainsi, Flosse cherchait cet été à se donner les moyens de prolonger son espionnite aiguë. Pour chercher le maillon faible de la majorité rassemblée par Oscar Temaru ? Celui qui allait se laisser retourner ? Ou pour continuer à surveiller ses amis ?

Et l’on apprend que des GIP ont probablement assassiné un journaliste trop regardant sur les affaires du « pote » de Chirac, à l’amitié « fraternelle et virile »...

Pierre Caminade

Le Canard enchaîné, Un revenant qui accuse les hommes de Flosse se retrouve en prison à Tahiti, Jérôme Canard, 27/10/2004 : « Début octobre, un nommé Vetea Guilloux, trente-deux ans, ex-membre du service d’ordre de Flosse, se confesse à un ministre - par ailleurs pasteur - de Temaru. [...] Et de raconter, [...] qu’un journaliste, Jean-Pascal Couraud, disparu il y a sept ans alors qu’il menait une enquête sur quelques sombres pratiques de Flosse, avait en fait été assassiné par deux de ses hommes de main. Qu’il désigne nommément. L’instruction sur ce fait divers s’était terminée par un non-lieu en juin 2002. Après avoir entendu ce récit, le ministre-pasteur envoie dare-dare le jeune homme répéter sa confession aux gendarmes de la section de recherche de Papeete. Ce qu’il fait le 14 octobre. Les pandores tentent alors, selon Stanley Cross, l’avocat de Guilloux, de faire revenir le jeune homme sur ses déclarations, qui “ne tiennent pas la route”. Puis, toujours selon Me Cross, improvisent une confrontation entre Guilloux et les deux hommes, qu’il accuse. Ils sont aujourd’hui membres du GIP (Groupement d’intervention de la présidence), considéré comme la milice de Flosse. [...] Sur le coup de deux heures du matin, Guilloux, “terrorisé” selon son avocat, accepte de retirer ses accusations. Il est alors incarcéré. Jugé l’après-midi même en comparution immédiate pour “dénonciation calomnieuse”, il écope de 12 mois de prison, dont 3 ferme. [...] Il a fait appel lundi 25 octobre. Le juge d’instruction, chargé jadis d’élucider la disparition du journaliste, n’apprendra, lui, qu’après coup l’existence de ce témoin, peut-être capital. Le procureur, qui a traité directement l’affaire avec les gendarmes, n’a pas jugé utile de l’informer de ce possible rebondissement. Pourtant, un non-lieu ne clôt pas définitivement une instruction judiciaire. Celle-ci peut être rouverte [...] en cas de “survenance de faits nouveaux”. [Dès lors, il] faudrait qu’un juge, de préférence celui qui connaît le dossier, soit saisi par le procureur, qu’il entende l’accusateur, vérifie ses déclarations, [... etc.] fasse normalement son travail. Interrogé par Le Canard sur cette procédure expéditive, le procureur Jean Bianconi (négociateur pris en otage dans la grotte d’Ouvéa, en Nouvelle-Calédonie, à la veille de la présidentielle de 1988) a indiqué qu’il ne “donne jamais de renseignements à la presse”. Avant de raccrocher brutalement. On le croit sur parole. Sa discrétion à toute épreuve a déjà permis de garder secrète pendant un an la mise en examen de Gaston Flosse en octobre 2003, pour la création de centaines d’emplois fictifs à la présidence du territoire. »

Le juge Bianconi, ce procureur de la République qui court-circuite le juge Jean-Bernard Taliercio pour traiter « directement avec les gendarmes », est passé par la Nouvelle-Calédonie. Il a été pris en otage dans la grotte d’Ouvéa : tout arrive à un homme de devoir. Sauf de répondre à la presse sur les affaires politiques qu’il enterre. On apprend par ailleurs [http://www.categorynet.com/ fr/cp/ details.php ? id= 58586] que Jean-Pascal Couraud « avait disparu dans la nuit du 15 au 16 décembre 1997, après une réunion avec son ami Boris Léontieff, également opposant politique, décédé dans un accident d’avion en 2002. »

Pierre Caminade

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 131 - Décembre 2004
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