Survie

Colonie de travaillance (2) : Sénat, nous voilà !

(mis en ligne le 1er décembre 2004)

« La commémoration de l’abolition de l’esclavage par la République française et celle de la fin de tous les contrats d’engagement souscrits à la suite de cette abolition font l’objet d’une journée fériée dans les départements de Guadeloupe, de Guyane, de Martinique et de la Réunion, ainsi que dans la collectivité territoriale de Mayotte. Un décret fixe la date de la commémoration [...] » stipulait l’article unique de la Loi n° 83-550 du 30 juin 1983. La date de cette journée est différente en fonction des territoires... Mais tout cela était trop zélé envers les descendants d’esclaves, selon les sénateurs : en 2001, ils ont profité de la discussion de la loi sur « la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité », pour réformer celle de 1983 : la commémoration n’est désormais plus fériée ! Un texte adopté 17 jours avant la date de la commémoration en Guadeloupe, le 27 mai. Voilà le contexte, que nous avions omis dans notre précédent numéro de Billets, des violences de ce jour-là. Le syndicat UGT a employé la force pour réagir à cette provocation de la République, et pour tenter d’imposer aux commerçants de chômer ce jour commémoratif.

D’après l’un de nos lecteurs, nous aurions pris trop à la lettre une lecture syndicaliste des évènements intervenus depuis lors. Nous aurions dû préciser que ce jour-là n’est plus férié. Ce lecteur précise que les commerces restés ouverts, auxquels les manifestants se sont attaqués, n’étaient pas tous des propriétés de Blancs. Le fast-food attaqué ne s’appellerait pas Quick mais KFR. Le syndicat UGT se distinguerait par une pratique récurrente de la violence, et leur indépendantisme ne serait qu’un discours “légitimateur” de façade, puisqu’il recrute beaucoup chez des fonctionnaires aux salaires largement abondés par la métropole.

Il reste que plusieurs syndicats font des analyses convergentes. Et plusieurs hommes politiques locaux ont demandé la libération de Michel Mandassamy (obtenue le 5 novembre, après un mois d’incarcération). Cela montre que la répression de ce syndicat a été jugée excessive, avec des peines écrasantes. Tout cela dans une île où les héritiers et les nostalgiques de la colonisation continuent de tenir le haut du pavé. Il nous parait important de faire connaître ces sujets.

Pierre Caminade

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 131 - Décembre 2004
Les articles du mensuel sont mis en ligne avec du délai. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez-vous
a lire aussi