Survie

Mémoire à retardement

(mis en ligne le 1er décembre 2004)

Face à la dénonciation de la Françafrique, la tactique de la propagande adverse est bien connue : concéder que des choses répréhensibles ont existé, mais que c’est terminé depuis un certain délai de prescription de la mémoire et des réparations : 1994, 1997, etc. Cette tactique glissante (les scandales françafricains de 2004 seront admis en 2010, et ainsi de suite) a la même efficacité que tous les processus d’effacement de la mémoire qui autorisent les dictatures du présent : on a le devoir d’y résister, c’est même la condition sine qua non de la citoyenneté.

Aussi n’est-il pas inutile de signaler la confirmation, dans les mémoires du colonel Maurice Robert [1], bras droit de Jacques Foccart et pilier des Services français en Afrique, d’une série de crimes du Foccartisme longtemps niés. Le plus horrible est la manipulation de la rébellion biafraise contre le Nigeria, qui fit deux millions de morts. Pour le pétrole. Le colonel admet l’utilisation propagandiste du mot « génocide » : « Nous voulions un mot choc pour sensibiliser l’opinion » [2].

C’est désormais officiel : Bob Denard était un vrai-faux mercenaire, recruté par Robert fin 1962 pour le compte du SDECE, ancêtre de la DGSE. Les crimes de Denard dans l’ex-Congo belge, au Bénin, aux Comores, etc. sont donc ceux du SDECE-DGSE, c’est-à-dire de l’Élysée : De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac. Tout cela se complète d’une description des relais et techniques de la désinformation actionnés par la Françafrique. Comme ils sont toujours en usage, ce rappel peut servir à aiguiser la vigilance.

François-Xavier Verschave

[1Maurice Robert. Ministre de l’Afrique, Seuil, 2004.

[2Cf. F.X. Verschave, La Françafrique, Stock, 1998, p. 137-153.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 131 - Décembre 2004
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