Survie

Polynésie : Paix au POM

(mis en ligne le 1er décembre 2004)

« La motion de censure qui vient d’être votée samedi 9 octobre est un acte terrible et dramatique pour la démocratie en Polynésie. Elle représente la trahison du vote populaire du 23 mai dernier qui a souhaité le changement. Les manœuvres bassement politiciennes de Gaston Flosse soutenues par la ministre des DOM-TOM Brigitte Girardin et le président de la République ne visent qu’à couvrir les turpitudes d’un système qui a dominé sans partage les institutions depuis 20 ans, accaparé la terre, spolié les Tahitiens, pillé les finances du territoire. Le changement pacifique du 23 mai 2004 correspondait au ras-le-bol, à l’exaspération de la majorité de la population exclue de la vie politique depuis des années. La politisation des administrations, la mégalomanie des projets de Gaston Flosse, le clientélisme, la corruption ont été rejeté par une partie des classes moyennes favorisées et des classes populaires. 20 % de chômeurs, une économie au ralenti et sous perfusion depuis la fin des essais nucléaires, des archipels laissés à l’abandon par le pouvoir central de Papeete, un accès très inégal à l’eau potable, une crise du logement social : le bilan du “système Flosse” scandalisait plus d’un Tahitien. La défaite du 23 mai n’a jamais été acceptée ni par le pouvoir chiraquien, ni par ses amis polynésiens. Ils ont entrepris de faire monter les tensions pour en finir avec la transition démocratique : rumeurs, pressions et chantages directs du ministre des DOM-TOM, achats des conseillers, envoi dés juin de compagnies de gendarmes mobiles. »

C’est autour de ce communiqué (14/10/2004) que s’est constitué en métropole le Comité pour la Démocratie en Polynésie. Il s’agit de se tenir « aux côtés du peuple de Polynésie pour la dissolution de l’Assemblée du territoire et de nouvelles élections » [1]. À l’heure où nous bouclons Billets, cette dissolution n’est pas déclarée, mais l’élection territoriale a été invalidée à Faa, ce qui nous est présenté comme une étape, préparant une sortie de crise “honorable” pour Jacques Chirac. Si le nouveau recours aux électeurs devait s’arrêter à Faa, ce serait une innovation cocasse qui pourrait allécher les Biya et consorts : annuler les élections seulement dans les circonscriptions n’ayant pas voulu reconduire un potentat. En tout cas, il restera d’autres exigences à satisfaire : « la mise en lumière des agissements du GIP (Groupe d’intervention de Polynésie) » [cf. À fleur de presse] ; « la poursuite de l’enquête sur les conséquences sanitaires, sociales et environnementales des essais nucléaires et les réparations qui s’imposent » ; « le respect des engagements financiers pris par l’État suite à la fermeture du site nucléaire de Moruroa et le contrôle de la répartition équitable des financements » ; « la transparence sur la gestion de Gaston Flosse, les présomptions de corruption, de clientélisme. » [1] Ce dernier point est envisagé au Sénat, puisqu’une résolution « tendant à la création d’une commission d’enquête sur la gestion des fonds publics en Polynésie française » y est proposée. [2]

Pierre Caminade

[1Appel du 27 octobre à l’origine du Comité. Premières associations signataires : Anticor, ATTAC, Cedetim, LCR, Mouvement de la Paix, Survie, Les Verts... contact : democratiepolynesie@yahoo.fr

[2Par Bernard Frimat, Simon Sutour, Louis Le Pensec, Robert Badinter, Pierre Mauroy, Jean-Pierre Bel, Catherine Tasca, Dominique Voynet, et les membres du groupe socialiste, apparentés et rattachés.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 131 - Décembre 2004
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