Survie

ILS ONT DIT... Rwanda

(mis en ligne le 1er janvier 2005)

« La politique française [au Rwanda] comportait deux aspects qui n’apparaissent pas [dans le documentaire Tuez-les tous !]. D’un côté, il fallait assurer la sécurité du Rwanda, l’intégrité territoriale du Rwanda, comme François Mitterrand l’avait fait au Tchad contre la Libye quelques années auparavant, pour empêcher cette attaque militaire de l’extérieur - de l’armée de l’Ouganda et du FPR de Kagame [...]. D’où la coopération militaire avec cette armée rwandaise dans le cadre des accords déjà signés par la France et le Rwanda, cette armée étant incapable d’assurer cette sécurité territoriale toute seule... » (Hubert VÉDRINE, qui était Secrétaire général de l’Élysée en 1994. Droit de réponse au documentaire Tuez-les tous !, dans l’émission Passé sous silence de France 3, le 27/11/2004).

« En 1990, [...] l’opération Noroît [...] était une opération dans le cadre des accords de défense que la France avait avec le Rwanda. Sauf à dire : "Quand on a des accords de défense avec un pays, il ne faut pas les respecter !" Sauf à dire : "Ces accords de défense, il ne faut plus en signer !" - ça, c’est une question importante [...] -, il y avait la nécessité pour la France, conformément à ces accords, de venir aider le pouvoir en place contre une agression extérieure... » (Paul QUILÈS, qui a présidé la mission d’information parlementaire sur le Rwanda. Intervention dans le débat qui a suivi la projection du documentaire Tuez-les tous !, idem).

On se souviendra encore dans vingt ans de l’interminable monologue d’Édouard Balladur sur France 3 : douze minutes de langue de bois en plan fixe, sans la moindre question, même de complaisance. Cette parenthèse surannée, ressuscitant sur nos écrans surchargés de pub la télévision d’État sauce Peyrefitte, avait apparemment pour but d’inciter l’un des jeunes réalisateurs de Tuez-les tous ! Histoire d’un génocide "sans importance" à l’abjuration. Puis MM. Védrine et Quilès poursuivirent ce faux débat cocardier par une leçon de Realpolitik qui appelle au moins trois commentaires.

  1. Comme le retrace avec soin la mission parlementaire française dans son rapport, et contrairement à ce qu’a martelé sur France 3 son ancien président, la France n’a jamais signé avec le Rwanda d’accord de défense (ce qui déséquilibre quelque peu l’argumentation de Paul Quilès). La coopération militaire entre les deux États se limitait, depuis 1975, à un accord d’assistance militaire technique encadrant la formation par la France de la gendarmerie rwandaise. En 1992, l’accord a été élargi à la formation de l’ensemble des forces armées rwandaises (légalisant a posteriori une liberté prise d’un commun accord dès 1990).
  1. Après tout, qu’importe ! En Afrique, comme en convenait déjà Hubert Védrine devant la mission Quilès, « le président Mitterrand estimait que la France devait assumer un engagement global de sécurité à l’égard de ces pays, qu’il y ait accord de défense ou qu’il n’y en ait plus, comme au Tchad ». La doctrine Mitterrand se voit ainsi clairement énoncée : droit absolu d’intervenir sur le continent, avec ou sans accords, au nom d’un « engagement global de sécurité » qui, au Rwanda, bénéficia exclusivement aux génocidaires et se refusa obstinément, quatre années durant, à leurs victimes tutsi.
  1. Il apparaît en outre peu probable que l’armée française ait pu servir l’ambition de François Mitterrand tout en se limitant à former la gendarmerie puis les Forces armées rwandaises dans leur ensemble (jugées " incapables d’assurer cette sécurité territoriale toutes seules "). À cet égard, le parallèle dressé par Hubert Védrine entre le Tchad des années 80 (où la chasse française, notamment, s’est illustrée contre les Libyens) et le Rwanda des années 90 (où, officiellement, aucun soldat français n’a pris part aux combats contre le FPR) est pour le moins hasardeux. Édouard Balladur envisagerait d’ailleurs de demander un droit de réponse.

Mehdi Ba

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 132 - Janvier 2005
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