Survie

ILS ONT DIT... Mépris

(mis en ligne le 1er février 2005) - Odile Tobner

« Si on n’aide pas les Africains à gagner de l’argent par eux-mêmes, dans vingt-cinq ans, sur un milliard, ils ne seront que 250 millions à partager notre niveau de vie. Les autres continueront à colporter la misère et le sida. » (Michel ROCARD, ex-premier ministre, cité dans Michel Rocard, un certain regret, de Sylvie Santini, Stock 2005).

Un projet stupide s’exprime forcément par une phrase stupide. Que veut dire « aider quelqu’un à faire quelque chose par soi-même » ? Ou quelqu’un fait quelque chose par soi-même, et ce n’est pas la peine de l’aider, ou il faut l’aider à faire quelque chose, et il ne le fait donc pas par lui-même. Mais faudrait-il comprendre, derrière cet emberlificotage, l’idée, grand classique de la pensée raciste, qu’il faut tout apprendre aux Africains, grands enfants ou arriérés, y compris à pêcher pour qu’ils puissent manger un poisson. C’est encore plus stupide. Que dire de l’objet « gagner de l’argent » ? Alors qu’il faudrait seulement leur conseiller de garder l’argent. Pourquoi ne pas dire en effet que tout l’argent tiré d’Afrique va dans les coffres de l’Occident ? Comment ignorer que la course au « niveau de vie » est non seulement une illusion mais une calamité pour la planète et que l’objectif doit être, pour nous aussi, non l’accumulation des biens, mais la qualité de la vie, quitte à voir ce qu’on appelle son « niveau » baisser ? Enfin, merci pour l’aimable « colporter » !

Tout le chapitre Rocard l’africain du livre de Sylvie Santini est du même calibre. Rocard va sauver l’Afrique, avec deux sous donnés par Bolloré, qui se marre, en subventionnant un « service de pesage à domicile de nourrissons sénégalais pour mamans désargentées ». De qui se moque-t-on ? Dans ce chapitre, où on cite tous les amis français qui l’encouragent dans cette noble entreprise, on trouve le nom d’un seul Africain, qui lui a été présenté par son « passeur d’Afrique, Michel Dubois ». Il s’agit de... Mobutu, lequel lui aurait dit : « Toi, tu es un vrai Africain ! » Un avis d’expert en quelque sorte. C’est drôle mais Rocard n’en a même pas profité pour lui demander qui l’avait aidé à gagner de l’argent par lui-même, pour rendre service ensuite aux Africains en leur révélant la recette.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 133 - Février 2005
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