Survie

ILS ONT DIT... Mondialisation

(mis en ligne le 1er février 2005)

« [Il y a] l’équivalent d’un tsunami, mais fait par l’homme, que l’on pourrait prévenir chaque semaine en Afrique. » (Tony BLAIR, Premier ministre britannique, le 06/01/2005. Cité par Libération du 08/01/2005).

On peut le faire, donc faisons-le ! La convergence d’un ensemble de pressions des sociétés civiles, à l’occasion notamment de la campagne « 2005 : plus d’excuses ! » en faveur des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), pousse les dirigeants occidentaux dans une sorte de surenchère de lucidité sur les maux de ce monde - Chirac prônant de son côté la création d’une taxe mondiale. Activons les feux, et attendons ces annonceurs au tournant de leurs contradictions, dont leur profond attachement aux paradis fiscaux, ces “trous noirs” de l’argent et des biens publics. C’est au titre notamment du refus de ces abîmes de criminalité que Survie participe à la campagne susdite.

François-Xavier Verschave

« On donne ici une liste [...] des mesures à gains rapides, qui amélioreraient sensiblement le bien-être de millions de personnes, dans le monde, et qui mettrait beaucoup de pays sur la voie de la réalisation des OMD [... :] il faudrait élargir l’utilisation des combinaisons de thérapies efficaces contre le sida, la tuberculose et le paludisme. En ce qui concerne le sida, il faudrait aussi [...] fournir des médicaments antirétroviraux [ARV] à trois millions de personnes d’ici à 2005 [sic]. » (Jeffrey D. SACHS, Investir dans le développement : plan pratique pour réaliser les objectifs du Millénaire pour le développement - résumé, p. 32-33, janvier 2005, New York).

D’après Libération (18/01/2005), « à gains rapides » signifie « projets peu onéreux mais à fort impact ». Ce rapport préconise bien l’utilisation des ARV génériques. Mais il est curieux qu’un rapport paru mi-janvier 2005, destiné à servir de base aux discussions d’une réunion du Projet du millénaire de l’ONU en septembre prochain, propose un objectif « d’ici à 2005 » !

La date du 1er janvier 2005 constitue un tournant car c’est celle de « la transposition des accords ADPIC de l’OMC dans les pays en développement disposant d’une industrie pharmaceutique ». Cette transposition « supprimera la possibilité de produire, sous des formes génériques, à bas prix, les nouvelles molécules rendues indispensables par l’apparition de résistances aux traitements de première ligne », précisait Jean-Hervé Bradol, président de Médecins Sans Frontières, en novembre dernier (http://www2.paris.msf.org/site/actu...). Nous recommandons la lecture de cette page web qui pose clairement les problèmes, notamment le (non) financement des trithérapies. Le Fonds Global de lutte contre le sida est presque en cessation de paiement, et le PEPFAR (fonds américain) n’autorise que l’achat des médicaments brevetés...

Pierre Caminade (remerciements à la Commission Nord/Sud d’Act Up-Paris)

Participant à un débat dans une université, aux États-Unis, le ministre brésilien de l’Éducation fut interrogé par un jeune étudiant américain sur la suggestion d’internationaliser l’Amazonie. Ce dernier commença sa question en affirmant qu’il espérait une réponse d’un humaniste et non d’un Brésilien. Réponse du ministre :

« En effet, en tant que Brésilien, je m’élèverais tout simplement contre l’internationalisation de l’Amazonie. Quelle que soit l’insuffisance de l’attention de nos gouvernements pour ce patrimoine, il est nôtre.

En tant qu’humaniste, conscient du risque de dégradation du milieu ambiant dont souffre l’Amazonie, je peux imaginer que l’Amazonie soit internationalisée, comme du reste tout ce qui a de l’importance pour toute l’humanité. Si, au nom d’une éthique humaniste, nous devions internationaliser l’Amazonie, alors nous devrions internationaliser les réserves de pétrole du monde entier. Le pétrole est aussi important pour le bien-être de l’humanité que l’Amazonie l’est pour notre avenir. Et malgré cela, les maîtres des réserves de pétrole se sentent le droit d’augmenter ou de diminuer l’extraction de pétrole, comme d’augmenter ou non son prix. De la même manière, on devrait internationaliser le capital financier des pays riches. Si l’Amazonie est une réserve pour tous les hommes, elle ne peut être brûlée par la volonté de son propriétaire, ou d’un pays. Brûler l’Amazonie, c’est aussi grave que le chômage provoqué par les décisions arbitraires des spéculateurs de l’économie globale. Nous ne pouvons pas laisser les réserves financières brûler des pays entiers pour le bon plaisir de la spéculation.

Avant l’Amazonie, j’aimerai assister à l’internationalisation de tous les grands musées du monde. Le Louvre ne doit pas appartenir à la seule France. Chaque musée du monde est le gardien des plus belles œuvres produites par le génie humain. On ne peut pas laisser ce patrimoine culturel, au même titre que le patrimoine naturel de l’Amazonie, être manipulé et détruit selon la fantaisie d’un seul propriétaire ou d’un seul pays. Il y a quelque temps, un millionnaire japonais a décidé d’enterrer avec lui le tableau d’un grand maître. Avant que cela n’arrive, il faudrait internationaliser ce tableau.

Pendant que cette rencontre se déroule, les Nations unies organisent le Forum du Millénaire, mais certains Présidents de pays ont eu des difficultés pour y assister, à cause de difficultés aux frontières des États-unis. Je crois donc qu’il faudrait que New York, lieu du siège des Nations unies, soit internationalisé. Au moins Manhattan devrait appartenir à toute l’humanité. Comme du reste Paris, Venise, Rome, Londres, Rio de Janeiro, Brasília, Recife, chaque ville avec sa beauté particulière, et son histoire du monde devraient appartenir au monde entier.

Si les États-unis veulent internationaliser l’Amazonie, à cause du risque que fait courir le fait de la laisser entre les mains des Brésiliens, alors internationalisons aussi tout l’arsenal nucléaire des États-unis. Ne serait-ce que par ce qu’ils sont capables d’utiliser de telles armes, ce qui provoquerait une destruction mille fois plus vaste que les déplorables incendies des forêts brésiliennes.

Au cours de leurs débats, les actuels candidats à la Présidence des États-unis ont soutenu l’idée d’une internationalisation des réserves florestales du monde en échange d’un effacement de la dette. Commençons donc par utiliser cette dette pour s’assurer que tous les enfants du monde ait la possibilité de manger et d’aller à l’école. Internationalisons les enfants, en les traitant, où qu’ils naissent, comme un patrimoine qui mérite l’attention du monde entier. Davantage encore que l’Amazonie. Quand les dirigeants du monde traiteront les enfants pauvres du monde comme un Patrimoine de l’Humanité, ils ne les laisseront pas travailler alors qu’ils devraient aller à l’école ; ils ne les laisseront pas mourir alors qu’ils devraient vivre.

En tant qu’humaniste, j’accepte de défendre l’idée d’une internationalisation du monde. Mais tant que le monde me traitera comme un Brésilien, je lutterai pour que l’Amazonie soit à nous. Et seulement à nous ! » (Cristovam BUARQUE, texte repris par de nombreux journaux et sites web, après le New York Times du 2 novembre 2003).

Muito obrigada Senhor Ministro.

Sharon Courtoux

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 133 - Février 2005
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