Survie

Marchiani commence à balancer

(mis en ligne le 1er février 2005)

Ils étaient peu nombreux les lecteurs des quotidiens, le 25 décembre... Pourtant Le Monde daté de ce jour-là, paru en fait le soir du réveillon, publiait un extrait passionnant d’une audition de Jean-Charles Marchiani au juge Courroye. L’on sait que ce dernier a mis en examen le préfet barbouze à propos de quelques gros pots-de-vin de toutes origines géographiques, plus ou moins contrôlées. Marchiani aurait affirmé avoir perçu ces commissions considérables « en vertu d’instructions » qui lui auraient été données à partir de 1986 par « Charles Pasqua » et par « le directeur de cabinet du Premier ministre [Jacques Chirac], Maurice Ulrich. » Il aurait ajouté que « les mouvements de tous ces comptes étaient surveillés par une cellule spéciale de la DGSE dont c’était la vocation. Cette cellule, dirigée par un magistrat financier, était chargée de surveiller les avoirs financiers réels ou supposés des personnalités de droite, dont messieurs Jacques Chirac et Charles Pasqua. »

Sont confirmés en quelques phrases un certain nombre d’éléments que nous avançons depuis plusieurs années sur la base de nombreux recoupements : le rôle majeur du tandem Chirac-Pasqua dans la République souterraine qui dirige aussi la Françafrique (un tandem discordant à partir de 1990) ; l’interpénétration entre les faces politiques et barbouzardes de cette République. Les Services se servent largement sur les méga-détournements opérés sur les ressources africaines, les ventes d’armes, l’aide publique, les escroqueries sur la dette, etc., mais les hommes politiques initiés à cette face cachée du pouvoir, ceux qui « jouent le jeu », en profitent aussi. Et la connaissance intime des fortunes personnelles de ces derniers, planquées dans les paradis fiscaux, permet aux Services d’exercer un chantage permanent.

Comme souvent les boucs émissaires, Jean-Charles Marchiani en dit à la fois trop et trop peu : il se rappelle au bon souvenir de ses mandants, mais n’est pas encore assez désespéré, ou assez suicidaire, pour décrire l’intégralité du système. Merci quand même de ces signaux, que bien sûr les médias se sont largement abstenus de commenter.

Un indice significatif de l’« idéologie » françafricaine : Jean-Charles Marchiani a choisi pour avocat Jacques Trémolet de Villiers, qui défendit aussi le milicien pro-nazi Paul Touvier...

François-Xavier Verschave

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 133 - Février 2005
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