Survie

Sommet de la Francophonie : Scrutin françafricain à Bangui ?

(mis en ligne le 1er février 2005) - François-Xavier Verschave

Le 27 novembre 2004, « au moment où la plupart des délégations qui avaient participé au Xe sommet de la Francophonie étaient en train de quitter Ouagadougou, les francs-maçons proches de la Grande Loge Nationale Française (GLNF) se sont discrètement réunis, de 17h à 21h au siège de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine). Une “tenue noire” », avec entre autres Blaise Compaoré, Idriss Déby, Denis Sassou Nguesso et François Bozizé (initié par Sassou). « On notait également une très forte représentation de banquiers et de financiers de la région » (La Lettre du Continent, 09/12/2004) - ce qui explique sans doute pourquoi une institution économique internationale a été mise à disposition de ce club théoriquement privé.

En réalité, il s’agissait d’une sorte de sommet occulte de la Françafrique après le sommet officiel de la Francophonie, tant aujourd’hui GLNF et Françafrique sont devenues connexes. La Françafrique équatoriale a choisi pour le Centrafrique le général putschiste François Bozizé, et le peuple risque de ne voir respectées ni sa voix, ni ses voix.

Les préparatifs des élections présidentielle et législatives du 13 février tendent à ressembler à ceux de toutes les farces électorales dans les dictatures françafricaines. Alors que la société civile avait su imposer une transition aux formes semi-démocratiques, le clan Bozizé accapare l’organisation des opérations de vote en marginalisant les contrôles indépendants. Et une Cour constitutionnelle aux ordres a écarté sous des prétextes ridicules une série de candidats à la présidence dont il aurait été difficile d’étouffer le score.

Tout n’est pas encore réglé à ce sujet au moment où nous bouclons ces Billets. Paris tient au respect des formes et a chargé le “parrain” Bongo d’une médiation - ce qui au passage est censé renforcer sa stature régionale. Et la justice centrafricaine fait de la résistance : elle a repêché 219 des 261 candidats députés écartés par le pouvoir. Les démocrates centrafricains pourront-ils empêcher la “légitimation” d’un Déby ou un Sassou banguissois ?

François-Xavier Verschave

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 133 - Février 2005
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