Survie

Togo : Un pantin de la République

(mis en ligne le 1er février 2005) - Alexandre Gélican

Sur rapport favorable du Premier ministre validé en Conseil des ministres, M. Fodé Sylla a été nommé membre du Conseil économique et social, en qualité d’expert, au mois de septembre 2004.

Cette nomination n’est rien d’autre qu’une récompense (envisagée dès notre n° 116) : elle intervient 15 mois après un séjour controversé au Togo, où Fodé Sylla s’était rendu à la demande de l’Élysée. Mission : superviser le bon déroulement du scrutin présidentiel organisé au mois de juin 2003 dans ce pays.

Depuis son retour, et au bon plaisir de l’Élysée, l’ancien président de SOS Racisme et accessoirement ancien député européen (membre de la Gauche unitaire européenne) répète a qui veut l’entendre que le Togo est en voie de démocratisation et qu’aucun élément ne permet d’affirmer que des infractions graves ont été commises pouvant remettre en cause le résultat du scrutin.

Les propos caricaturaux du nouveau membre du Conseil économique et social relèvent soit de la plus profonde ignorance, soit du cynisme le plus abject. Ou, pire, des deux à la fois [cf. ils ont dit, C. Philip].

Comment parler de démocratisation dans un pays ou le pouvoir se plaît a manipuler subitement et à dessein la Constitution et le code électoral ? Comment parler de progrès dans un pays où l’opposition est condamnée a se taire, à s’exiler ou à mourir ? Comment parler de libertés lorsque des journalistes trop critiques sont si facilement emprisonnés et torturés ?

Les œillères apposées à M. Sylla par l’Élysée ont eu l’effet escompté. Ne voir et n’entendre que ce qu’il faut pour cautionner et renforcer le pouvoir de la dictature togolaise.

Fodé Sylla poussera l’audace jusqu’à feindre l’indignation, déclarant lors d’une interview sur le site du gouvernement togolais [www.gouvernement.tg] : « C’est honteux et inadmissible que l’Union européenne n’ait pas envoyé d’observateurs au Togo. »

Pour rappel, l’Union européenne a suspendu depuis 1993 toute aide économique à destination du Togo en raison du déficit démocratique qui caractérise ce pays depuis près de 40 ans et l’arrivée au pouvoir du général Eyadéma. N’ayant constaté aucun progrès sur le terrain (contrairement à la France), l’institution européenne n’a pas pris la peine d’envoyer des observateurs pour cette énième mascarade électorale, considérant à juste titre que le régime liberticide de Lomé II, victime d’une pathologie grave et incurable appelée « despotisme », était incapable d’apporter les garanties nécessaires à l’organisation d’un scrutin juste et transparent.

Par ailleurs, sur le site afrik.com, c’est un Fodé Sylla ragaillardi et en pleine confiance qui reviendra sur son aventure togolaise en qualifiant notamment ses détracteurs d’individus incompétents et de mauvaise foi. Mme Deviers-Joncour, de l’affaire Elf, s’est longtemps prévalue d’être la « putain de la République ». La Françafrique, elle, a trouvé son pantin.

Alexandre Gélican

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 133 - Février 2005
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