Survie

A fleur de presse

Congo-Brazzaville : A FLEUR DE PRESSE - Françafrique

(mis en ligne le 1er mars 2005)

Libération, Écocertification : la langue de bois de Chirac, 03/02/2005 (Éliane PATRIARCA) :

« Le deuxième massif forestier tropical mondial [est] un patrimoine aujourd’hui menacé par la déforestation. Ce sommet [de Brazzaville] pourrait donc offrir au président français l’occasion de mettre en action son engagement en faveur de la protection des forêts tropicales, pris le 24 janvier à Paris, lors de la Conférence sur la biodiversité de l’Unesco. Jacques Chirac a promis que, d’ici à 2010, 100 % du bois acheté pour les marchés publics serait “écocertifié”. Le chef de l’État avait déjà affirmé cet objectif en... mai 2002. Or la circulaire qui devait fixer ces nouvelles règles, prévue pour juin 2004, n’est toujours pas publiée. “Elle sera finalisée sous un mois”, assurait-on hier au ministère de l’Écologie. Mais les associations écologistes qui participent aux travaux du gouvernement sur ce sujet redoutent un texte révisé à la baisse. Selon le WWF (Fonds mondial pour la nature), la circulaire risque d’accepter toutes les certifications, et non pas le seul label internationalement reconnu par les associations écologistes pour ses exigences sociales et environnementales, le FSC (Forest Stewardship Council). À Matignon, on confirmait hier que, “par souci de pragmatisme, la circulaire listera tous les labels existants, en rejetant énergiquement les fantaisistes. C’est un énorme progrès, mais, si on veut avancer, on ne peut pas faire les difficiles en matière de standards d’écocertification du bois”. Plus radicaux, les Amis de la Terre et Greenpeace dénoncent le soutien apporté par la France au système de certification panafricain. Hier à Brazzaville, en prévision de l’ouverture du sommet, le Premier ministre congolais a d’ailleurs préparé le terrain en annonçant la mise en place du nouveau label. Pour Sylvain Angerand, des Amis de la Terre, il s’agit d’“un système de certification fabriqué de toutes pièces, avec l’appui de la coopération française, pour contourner le label FSC”. Illanga Itoua, de Greenpeace, estime que ce label, aux critères définis par les entreprises forestières, va permettre, “sous couvert de panafricanisme, de continuer à piller la forêt”. Greenpeace s’oppose à ce “système de complaisance associé à la mauvaise gouvernance et à la corruption généralisées dans le secteur forestier africain”. »

Comme le fils d’Eyadéma se proclame défenseur de la démocratie, Chirac s’instaure protecteur de la forêt africaine. Vous voulez de l’écologie ? Si ce n’est que cela, vous en aurez. Quoi de plus facile que de certifier ce qu’on veut en créant l’organe idoine, comme le comité, nommé par Biya, chargé d’observer l’élection de Biya, organisée par Biya. Vous ne voulez pas de Chirac en Mère-grand du petit chaperon africain ? C’est que vous « faites les difficiles ». Un tampon sur le bois, c’est quand même mieux que rien.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 134 - Mars 2005
Les articles du mensuel sont mis en ligne avec du délai. Pour recevoir l'intégralité des articles publiés chaque mois, abonnez-vous
Pour aller plus loin
a lire aussi