Survie

A fleur de presse

Elf : A FLEUR DE PRESSE - Françafrique

(mis en ligne le 1er mars 2005)

Le Gri-Gri International, Elf. L’ami Sigolet, ce cher Jack pote !, 10/02/2005 (L. L.) : « Le juge Van Ruymbeke, qui a bouclé l’instruction du premier scandale pétrolier français, définissait ainsi les préfinancements dans son rapport final : “L’État producteur, souvent exsangue, hypothèque son capital et ses ressources à venir”. Aux yeux des Sassou, Bongo, Dos Santos et autres Lissouba, c’est surtout un fabuleux système pour se garnir la tirelire. Car, comme l’écrivait aussi Van Ruymbeke, “les opérations de préfinancement permettaient de dégager des fonds bénéficiant directement aux décideurs africains” [...]. Au Congo, 6 sociétés offshore avaient été créées dans les British Virgin Islands. 24 virements ont donc fait le détour par ces petites îles lointaines et ensoleillées. En tout, sur 3 ans, environ 4,6 milliards de francs [français]. [...] C’est au “génial” inventeur de ces préfinancements, Jack Sigolet, un homme de l’ombre qui est passé entre les mailles du filet de l’affaire Elf, que ces messieurs peuvent dire merci. C’est lui qui signe le document que publie Le Gri-Gri [le tableau des 24 virements allouant 4,6 milliards “pour le Congo”], qu’il a adressé à un avocat suisse le 28 septembre 1995 en précisant, à propos de la pelletée de sociétés offshore qu’il a contribué à créer : “J’espère ne pas en avoir oublié.” Faisons le compte : six offshore pour le Congo-Brazzaville (4,6 milliards de francs),sept pour l’Angola (2,7 milliards), cinq pour le Gabon(1,8 milliard), cinq pour le Cameroun (3 milliards). En tout, 12,1 milliards de francs. On en oublierait presque qu’il s’agissait d’hypothéquer, pendant des années, l’or noir de ces pays, tellement les sociétés sont affublées de petits noms chantants : Dolamice, Cloe, Cedrima, Rupio, Plakan, Katelyn, Pilowa et d’autres… [...] Installé à Genève, propriétaire de vignes en Bourgogne, Jack Sigolet est [...] le grand expert de ces montages secrets. Il ne s’est pas fait prier pour le raconter au juge de l’affaire Elf. Longtemps fidèle de Tonton Tarallo, le monsieur Afrique du pétrolier français, il a exercé ses talents sous le Congo de Sassou, puis de Lissouba ; et aussi au Gabon, au Cameroun, et aujourd’hui en Angola où il aimerait bien [...] continuer à démontrer son habileté… »

12,1 milliards de francs dont les peuples concernés ne verront pas la couleur, et que les contribuables français (ou autres) devront régler un jour dans le cadre d’une inévitable annulation de la dette. Les pots-de-vin du propriétaire de vignobles Sigolet ont un coût astronomique. Il continue d’en distribuer autour des gisements angolais, avec sa société Crossoil. N’y a-t-il aucun moyen de le traîner en justice ?

François-Xavier Verschave

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 134 - Mars 2005
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