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A fleur de presse

Rwanda : A FLEUR DE PRESSE - Génocide rwandais

(mis en ligne le 1er mars 2005)

La Lettre du Continent, FRANCE/RWANDA. Un champ de mines politique et judiciaire..., 10/02/2005 :

« La France va replonger dans de nouveaux dossiers judiciaires rwandais. Deux avocats parisiens, Me Auguste Comte et Me William Bourdon, ont annoncé leur intention de déposer une plainte contre X devant le tribunal des armées, à la demande d’une dizaine de plaignants rwandais, pour "complicité de génocide" au sein de l’armée française. En même temps, l’espace d’une semaine, trois livres accusateurs sont publiés par trois éditeurs : chez L’Harmattan, un "dossier noir" de l’Association survie, Rwanda 1994-2004 : des mots à l’œuvre ; chez Karthala, l’ouvrage du président de Survie, François-Xavier Verschave, L’horreur qui nous prend au visage. L’État français et le génocide au Rwanda ; enfin, aux éditions Les Arènes, le livre du juriste Géraud de la Pradelle, Imprescriptible. L’implication française dans le génocide tutsi portée devant les tribunaux. Dans les trois cas, il s’agit de la reprise, sous différents angles, des témoignages apportés, l’an passé, devant un tribunal du peuple, organisé par Survie et présidé par Géraude de la Pradelle. Cette double offensive judiciaire et éditoriale a déjà fait des victimes collatérales au Quai d’Orsay, où l’on est tombé des nues, tout contact avec l’ambassade du Rwanda à Paris a été coupé. Par ailleurs, l’ambassadeur de France à Kigali, justement venu pour présenter à la Direction Afrique du ministère des affaires étrangères son plan d’action pour la relance des relations franco-rwandaises a dû remballer ses projets, en attendant des jours meilleurs. Au Quai d’Orsay, on rentre de nouveau la tête dans les épaules en espérant que "Bruguière ne dégoupille pas sa bombe maintenant, au pire moment" [en lançant des mandats d’arrêt internationaux contre une douzaine de dirigeants du FPR]...

La « double offensive judiciaire et éditoriale » a apparemment fait perdre son sang-froid à La Lettre du Continent, d’habitude plus précise et flegmatique. Il y a au moins 8 erreurs et une vilenie dans le paragraphe qui lui est consacré. Anecdotiques mais significatifs sont les lapsus sur les juristes impliqués dans cette « offensive » : Me Antoine Comte est renvoyé aux augustes mânes d’un philosophe positiviste du XIXe siècle, et Géraud de la Pradelle travaille avec Géraude… Le livre à publier chez Karthala est prévu pour fin mars, 7 semaines après les deux autres. Ce n’est pas un « Dossier noir » et il n’est pas rédigé par Survie : il s’agit des actes de deux colloques sur le Rwanda, dont la publication a été coordonnée par Laure Coret, de l’association Aircrige. L’horreur qui nous prend au visage n’est pas un ouvrage de F.X. Verschave, mais le rapport de la Commission d’enquête citoyenne (CEC) sur le rôle de la France durant le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, coordonné par Laure Coret et F.X. Verschave. Un seul des trois ouvrages est « la reprise des témoignages » de la CEC… Quant à qualifier celle-ci du tribunal du peuple, c’est une calomnie bien dans le style des Services français. Il s’agit de suggérer que cette commission citoyenne, coorganisée par 4 associations et 8 personnalités (bien au-delà de Survie, donc), est une instance stalinienne. Or, non seulement nous ne nous sommes jamais présentés comme autre chose que des citoyens (et non le peuple), non seulement nous n’avons jamais prétendu être un tribunal (nous l’avons maintes fois précisé, en prélude de nos interventions), mais nous le prouvons en transmettant les plaintes à la justice de la République, et nos dossiers de complicité présumée aux journalistes, pour qu’ils fassent les vérifications que mérite un sujet aussi grave. Avec un peu plus de sérieux que dans cet article de LdC… Le rapprochement, enfin, avec la « bombe » du juge Bruguière, que l’on attend depuis un lustre telle l’Arlésienne de Bizet, a l’odeur des polémiques du Monde contre le régime de Kigali. Leur auteur, un célèbre journaliste négrologue – coauteur de plusieurs ouvrages avec le directeur de LdC, Antoine Glaser – a quitté fin 2004 les colonnes du quotidien du soir. Ne sait-il plus où déverser son fiel ? À la différence des autorités françaises, la CEC n’a rien à redouter d’un déballage de la vérité, qu’il s’agisse de l’attentat contre l’avion d’Habyarimana ou, infiniment plus grave, des complicités françaises dans le génocide le plus rapide de l’histoire. Au contraire : nous espérons de ce déballage, non seulement une justice rendue aux victimes et aux rescapés, mais aussi une grande purge des mœurs et des réseaux françafricains.

François-Xavier Verschave

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 134 - Mars 2005
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