Survie

Togo : Dimas en direct

(mis en ligne le 1er mars 2005)

Trois jours après la disparition du tyran togolais, l’invité de la rédaction de notre précédente édition, Dimas Dzikodo [1], lance un appel. Il venait de participer à une émission de Radio Nostalgie à Lomé avec deux collègues de la presse écrite. En compagnie de ces derniers et des journalistes de la radio, il était barricadé à l’étage du studio d’enregistrement de la station. Le rez-de-chaussée était occupé par des éléments armés de la gendarmerie nationale. Qu’avaient-ils à dire sur leur présence en ce lieu ? « Eyadéma est mort, mais nous sommes là ». Alertées, de nombreuses associations, dont la nôtre, se sont mobilisées contre cette agression de la presse togolaise, par laquelle Faure Gnassingbé tentait à s’y méprendre de ressembler à son défunt père Gnassingbé Eyadéma-Fologo (exercice réussi). En une paire d’heures, tout ce que l’Hexagone - et bien au delà - compte de hautes instances n’ignorait rien de ce qui nous était relaté en direct de Lomé. Le ministre togolais de l’Intérieur a reçu nombre d’appels téléphoniques destinés à l’informer de ce qui se passait non loin de ses bureaux. Il n’était pas au courant... Mais il a promis de se renseigner auprès de la police, et il a tenu promesse. Selon nos informations, le Quai d’Orsay aurait reçu copie du rapport de police demandé par le ministre : la police aurait constaté que le rez-de-chaussée des locaux de Radio Nostalgie était occupé par une secrétaire sereine, et l’étage du studio d’enregistrement par un journaliste en train de fumer une cigarette [2]. Au téléphone, le ministre suggérait que s’il y avait en effet problème à Radio Nostalgie, ce devait être le fait de « milices », et non de gendarmes. Nous apprenions en direct ce qu’il en était : les gendarmes du régime continuent de se comporter en miliciens.

Sharon Courtoux

[1Togo : Faut-il ou non espérer ? Jean-Baptiste Dzilan, alias Dimas Dzikodo, termine cet article en ces termes, que nous rappelons : « France, qu’as tu fais de ton engagement de défendre la LIBERTÉ et les droits de l’Homme dans le monde ? ».

[2Fumer est sans doute dangereux pour la santé, mais il y a pire : les dictateurs, ceux qui figurent parmi les amis de la France en particulier.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 134 - Mars 2005
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