Survie

Tunisie : Un copain de la France

(mis en ligne le 1er mars 2005) - Victor Sègre

Selon Libération du 1er février, « en visite officielle de deux jours en Tunisie, Jean-Pierre Raffarin s’est posé en fervent admirateur du président tunisien, réélu en octobre avec 94,5 % ». « Élections » précédées, rappelons-le, d’une nouvelle vague d’arrestation d’opposants et d’un tripatouillage constitutionnel grâce auquel Ben Ali entend rester président à vie. Comme Giscard déclarant il y a quelques années : « Hassan II, c’est mon copain », Raffarin a expliqué benoîtement : « On a des raisons de s’aimer, de se comprendre. »

Nul doute qu’au nombre de ces raisons, on peut compter les relations d’affaires qu’entretiennent les proches de Ben Ali (et le dictateur lui-même) avec les milieux de la Françafrique, dont témoigne encore l’asile accordé au fils Pasqua en délicatesse avec la justice française...

Pour le VRP «  des relations commerciales entre les deux pays », selon l’expression consacrée, autant d’excellentes raisons de s’extasier devant l’un des État les plus totalitaires de la planète, surtout à l’heure où les intérêts américains s’immiscent dans le pré-carré françafricain.

« Le président Chirac et le président Ben Ali ont la même vision du monde », roucoule Raffarin. Comment s’en étonner ? Le super-flic Ben Ali, comme beaucoup d’autres dictateurs de son espèce, a été formé aux méthodes de la « guerre antisubversive » théorisée par l’École de guerre française. Il a poussé le quadrillage policier de la population à un stade rarement égalé, sans reculer devant l’usage de la torture.

« J’aime, affirme encore notre premier ministre, la Tunisie et les Tunisiens ». Gageons que certains Tunisiens le lui rendent bien, mais pas tous. Rappelons la phrase de l’opposant Taoufik Ben Brick lors de sa grève de la faim en 2000 : « J’accuse Jacques Chirac d’avoir été, si longtemps, le plus fidèle soutien du régime ignominieux de Ben Ali. »

Pour ce qui nous concerne, nous partageons plus volontiers « la même vision du monde » que les démocrates emprisonnés, et nous n’aurons de cesse de dénoncer le soutien actif des autorités françaises aux assassins de la démocratie africaine.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 134 - Mars 2005
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