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A fleur de presse

A FLEUR DE PRESSE - Médias

(mis en ligne le 1er avril 2005) - Victor Sègre

Charlie Hebdo, La France n’a plus les moyens de jouer les bons pères de famille en Afrique, 23/02 (Marianne DAUTREY et Vincent RIGOULET) :

« “Il y a suffisamment d’opérations pour faire autre chose ailleurs dans le monde”, disait Michèle Alliot-Marie jeudi dernier pour annoncer que, sauf demande expresse de maintien de la part de la Côte d’Ivoire, de l’ONU et de l’UE, la France retirerait ses troupes de Côte d’Ivoire. La France délaisse son « pré carré » et celui-ci la rejette. Antoine Glaser, rédacteur en chef de La Lettre du Continent, journal qui, depuis 1985, informe scrupuleusement de tous les soubresauts politiques, économiques et sociaux en Afrique [...] analyse les causes de cette rupture. Charlie Hebdo : Tout le monde savait Eyadema malade depuis longtemps. Personne n’a anticipé la crise de succession. Pas même en France ? Antoine Glaser : [...] Comme elle n’avait pas d’alternative, elle a fermé les yeux. Pire : elle n’a jamais soutenu les condamnations de l’UE [...]. La France [...] endosse un rôle de bon père de famille qu’elle n’a plus les moyens d’honorer. C.H. : Elle en peut plus ou elle ne veut plus jouer ce rôle ? A.G. : Les deux. L’Afrique n’est plus un enjeu majeur pour personne, pas même pour la France. [...] »

Le carnet d’adresses de Charlie Hebdo évolue étrangement. Aller dénicher le rédacteur en chef de La Lettre du Continent n’est pas le réflexe spontané qu’on attendrait d’un journal qui se veut contestataire. Encore moins spontanément vient à l’esprit l’adverbe « scrupuleusement » pour décrire le travail de cette publication, réservée, rappelons-le à ceux qui peuvent s’offrir un abonnement à 620 euros par an (presque 10 fois celui de Charlie, pour beaucoup moins de pages...). Plus grave, on retrouve dans l’interview cette vieille tarte à la crème françafricaine selon la quelle l’Afrique n’intéresserait plus aucune puissance impérialiste. On la trouvait déjà sous la plume de Glaser et Smith dans L’Afrique sans Africains, en 1994, pour disculper la France du triste rôle joué au Rwanda. Saluons aussi l’art de la litote à l’œuvre dans des formules comme : la France « a fermé les yeux » ou « n’a jamais soutenu les condamnations de l’UE ». C’est fou ce qu’un « bon père de famille », aveugle et désintéressé, peut faire comme dégâts. Signalons enfin que l’un des intervieweurs, Vincent Rigoulet, a connu un curieux intermède dans sa carrière de journaliste (précédemment au Monde) : il est devenu pendant plus d’un an le conseiller et le porte parole du sergent IB, “père” de la rébellion ivoirienne. Une fonction étonnante, qui supposerait normalement une période sabbatique avant de renouer officiellement avec la déontologie journalistique.

Victor Sègre

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 135 - Avril 2005
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