Survie

Algérie : Si Dieu et le GSPC n’existaient pas, Jean-Louis Bruguière les inventerait

(mis en ligne le 1er avril 2005)

« Tout le monde est conscient de la nécessité de coordonner les efforts [afin] d’assurer un contrôle efficace de l’activité de ces groupes au Sahel [...]. Cette région est extrêmement difficile et ses pays ont besoin de gros moyens, surtout que le GSPC possède de gros moyens militaires [...]. Cette organisation terroriste a des liens dans des pays du Sahel et la France est en train de suivre les développements dans la région qui constituent les centres d’intérêt des grands pays comme les États-Unis d’Amérique. » C’est par ces termes doctes dans le journal El-Khabar (10/03) que Jean-Louis Bruguière justifie la campagne de néocolonisation entreprise par les puissances occidentales dans cet espace sahélo-saharien qui abrite des gisements insondables de pétrole. Une semaine après jour pour jour, c’est cette fois via Le Quotidien d’Oran (17/03) que Jean-Louis Bruguière intervient : « Maintenant que le GIA a disparu, c’est le GSPC qui a rejoint momentanément [sic !] Al-Qaïda qui nous inquiète particulièrement dans la région du Sahel », avant de proclamer « s’intéresser à toute la mouvance islamiste maghrébine, pas particulièrement algérienne, du GICM marocain au FIT tunisien jusqu’au JIGM libyen : “Tout ce qui se passe dans cette région nous intéresse au plus haut point car la France est impliquée dans cette sous-région [...]. Le risque, ce sont des groupes sahéliens, labellisés par le GSPC, qui sont susceptibles de passer à l’action.” » La qualité de tous ces propos est à mesurer à l’aune d’une autre sortie de ce juge « anti-terroriste » hors norme : « Nous avons stoppé, fin 2002, une tentative d’attentat majeur qui affectait probablement le métro parisien, [et] d’autres cibles, avec une arme chimique nouvelle. [...] Si nous n’avions pas réussi à agir et à démonter ce réseau - donc, c’était en décembre 2002 -, je pense qu’il y aurait eu, en France, plus de morts qu’à Madrid. » (Le Canard enchaîné, 06/10/2004) Au journaliste de l’agence Reuters qui veut en savoir plus, Bruguière bafouille : « Oui, oui, c’est quelque chose qui n’est pas très connu » (ibidem). Le lendemain, l’« info » sensationnelle est répercutée dans les radios, Le Monde, Le Figaro qui écrit : « Un attentat contre le métro parisien déjoué en 2002 » et dans Paris Match pour qui « Al-Zarkaoui projetait un attentat chimique dans le métro parisien. » (Paris Match, 30/09/2004) Bien sûr, aucune réelle tentative d’attentat majeur dans le métro, mais une invention du juge Bruguière, de la pure intox pour cultiver la peur, pourquoi pas la haine du Maghrébin. Renseignement pris par nos confrères du Canard enchaîné, la Direction générale de la police nationale (DGPN) s’avoue « plutôt embarrassée. On ne fait pas de commentaires sur cette déclaration de M. Bruguière. Il dit ce qu’il veut, il est libre de ses propos. » Quant à Bruguière, il leur fait savoir qu’il « ne répond jamais aux questions des journalistes »... Conclusion : les journalistes d’El-Khabar et du Quotidien d’Oran ont sans doute parlé à un fantôme, qui leur aurait parlé des erratiques menaces du GSPC, créé par le régime algérien pour justifier aux yeux du monde la livraison des richesses de l’Algérie aux intérêts étrangers.

Lounis Aggoun

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 135 - Avril 2005
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