Survie

BM : les masques tombent

(mis en ligne le 29 avril 2005)

La désignation par George W. Bush de Paul Wolfowitz comme “le” candidat US à la présidence de la Banque mondiale, et surtout son acceptation complaisante par les autres "grands" actionnaires de la Banque, achèvent d’exposer la vraie nature de cette institution : un instrument financier cyniquement au service des plus puissants. Faucon et néo-con(servateur), Wolfowitz est le théoricien et praticien le plus célèbre d’une brutale hégémonie américaine, à base de mensonges et de négation des droits humains, comme le montre l’exécution de son œuvre la plus chère, la guerre en Irak - source par ailleurs d’une dilapidation inouïe des biens publics. Avec lui, c’est un vrai pétrodictateur qui s’installera à la tête de la BM : parce qu’il croit à la dictature du pétrole sur les affaires du monde ; parce qu’il croit que, pour le pétrole, les États-Unis doivent imposer leur dictature au monde, et des garde-chiourme à la tête des pays producteurs de pétrole. Mais cet asservissement de la BM à de tout autres objectifs que son slogan officiel, la « lutte contre la pauvreté », n’est pas vraiment nouveau. La fuite d’un échange de courrier électronique entre deux de ses vice-présidents (Ian Johnson, chargé du Développement durable, et Jean-Louis Sarbib, chargé de l’Afrique) l’avait déjà illustré en 1999 à propos du pétrole et du pipeline tchadiens : « Nous devons initier une discussion stratégique, à haut niveau, avec nos partenaires pétroliers » ; quant aux ONG, il s’agissait de s’employer « éventuellement, à faire quelques propositions qui pourraient les calmer » (Ian Johnson, 24/08/1999). Dans la mise en œuvre de l’« exemplaire » loi 001 sur la répartition des revenus du pétrole tchadien, la Banque penche clairement pour la satiété du ménage Deby-Exxon, au détriment des défenseurs des droits humains comme Dobian Assingar. Aux pétroliers et aux pétrodictateurs tout l’argent du sous-sol, au peuple la répression, la ruine et la pollution. Au même moment, l’ex-président de la BM, James Wolfensohn, commençait à entrevoir le « cœur des ténèbres » : « Quand des personnes sont tuées dans les pays occidentaux ou au Proche-Orient, nous comptons les morts. Mais en Afrique, nous ne les comptons pas. Je trouve cela tragique, immoral, et effrayant. » (Le Figaro, 04/03). Remontera-t-il jusqu’aux sources du mépris occidental envers les autres civilisations ?

François-Xavier Verschave

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 135 - Avril 2005
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