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LIRE - Anténor Firmin, De l’égalité des races humaines (Anthropologie positive), 1885.

(mis en ligne le 1er avril 2005)

Anténor Firmin, De l’égalité des races humaines (Anthropologie positive), 1885.

Nouvelle édition présentée par Ghislaine Géloin, L’Harmattan, 2003.

Dans la présentation qu’elle fait de cette œuvre capitale, Ghislaine Géloin écrit : « On peut se demander pourquoi une œuvre aussi importante dans la pensée raciale du XIXe siècle et dans l’histoire du racisme de nos sociétés modernes a été aussi peu commentée lors de sa parution et progressivement occultée, du moins en France. Pourquoi une chape de silence a-t-elle enveloppé cette œuvre ? [...] On peut se demander pourquoi l’essai de Gobineau, Essai sur l’inégalité des races humaines, auquel De l’Égalité des races humaines était une réponse sans appel - une contre-offensive - a été régulièrement réédité et est entré dans la Pléiade en 1983 malgré des théories scandaleuses et périmées. » Bien plus qu’une réponse à Gobineau, jugé simplement un « esprit malade » pour ses ratiocinations, l’essai d’Anténor Firmin est une réfutation de l’idéologie européenne destinée à justifier le « crime irrémissible » de la colonisation. En 1885, le congrès de Berlin, par un dépeçage qu’Anténor Firmin appelle « la curée », décide de l’avenir de l’Afrique. Venu à Paris pour parfaire ses connaissances en droit, Anténor Firmin, brillant intellectuel haïtien, autodidacte à la culture encyclopédique, découvre les théories racistes de la Société d’anthropologie. Il se consacre alors à la rédaction de cet essai. Son entreprise consiste à montrer, en passant en revue les principaux systèmes de pensée qui prétendent fonder une anthropologie raciste, que leurs conclusions n’ont pas d’autre contenu que leurs postulats, lesquels se réduisent à un seul : la supériorité des humains dont l’épiderme est non pigmenté sur les autres, affirmation sans fondement rationnel. Comme le rappelle Ghislaine Géloin : « Si le concept de race a été évacué des sciences humaines, interdit en biologie [...], l’idée de race continue, elle, à avoir de beaux jours devant elle [...]. Racisme biologique ou génétique, racisme institutionnel, racisme de préjugés, racisme de comportement, racisme culturel, montrent bien la survivance de la pensée inégalitaire dans toutes les sociétés et aucune n’est épargnée. » À côté de réfutations qui n’ont pour elles que leurs bons sentiments et leur bienveillance paternaliste, l’essai d’Anténor Firmin est « un document exceptionnel, d’une rigueur impeccable ». Publié en 1885 à Paris, dans l’indifférence totale, il est aujourd’hui la pensée la plus neuve qu’on puisse lire sur un sujet qui, loin d’être périmé, est toujours d’une actualité brûlante. Cet essai, enfin vulgarisé, permet de mettre un point final à bien des discussions oiseuses.

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 135 - Avril 2005
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