Survie

Rwanda : ILS ONT DIT... Mémoire

(mis en ligne le 1er avril 2005)

« Pétain : "Moi j’ai la Shoah sur la conscience, mais j’ai quand même gagné la bataille de Verdun ! cher François..." Mitterrand : "Moi j’ai le génocide au Rwanda sur la conscience, mais j’ai quand même gagné la bataille de l’abolition de la peine de mort, en métropole seulement, c’est vrai, mais c’est déjà pas mal, n’est-ce pas, cher ami..." Pétain : "Ah ! mon cher François, vous me valez bien, si j’ai bien compris !..." Mitterrand : "Et j’en suis fier... pourquoi croyez vous, mon Maréchal, que je vous ai déposé une fleur, ici, régulièrement, sur votre tombe ?" Pétain : "Ah ! mon cher François ! Ce que j’ai toujours apprécié chez vous, c’est votre force tranquille !" Mitterrand : "Mais, mon cher maître, elle vient de la même terre que la vôtre !... elle ne ment pas !" Pétain (soudain tout rigolard) : "Radio Paris ment [bis], radio Paris est allemand !" (éclats de rire de nos Grands morts) Mitterrand : "RTLM [Radio Mille collines] vous baise ! [bis], RTLM est française !" (éclats de rire redoublés de nos Grands morts) » ("Gaspard H", contributeur à un forum hébergé par Le Monde).

Ce dialogue est le dernier ( ?) acte d’un échange internautique, sur un forum abrité par Le Monde. L’auteur s’était permis d’évoquer le rôle de François Mitterrand dans le génocide des Tutsi lors d’une discussion concernant les mœurs politiques en France. Un contributeur, affable sur l’affaire Gaymard, lui a conseillé de s’occuper des vivants et de laisser l’avenir s’occuper du « mort » (Mitterrand), dont l’« innocence n’a jamais fait de doute » ; point de vue étayé par un certain nombre d’inepties, dont la moindre n’est pas de qualifier le FPR de « mouvement noir le plus raciste du continent africain, coresponsable du génocide ». Ce propos négationniste - très proche du vocabulaire des officiers pro-Hutu Power entourant Mitterrand durant le génocide - a été laissé sur le forum, mais la réponse suivante a été censurée par le "modérateur" du Monde. Gaspard H. proposait, par ce faux dialogue, de laisser « nos grands morts de la patrie discuter en paix à titre posthume ».

Pierre Caminade

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 135 - Avril 2005
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