Survie

Tchad : Soutien à Dobian Assingar, Président d’honneur de la Ligue tchadienne des droits de l’Homme

(mis en ligne le 1er avril 2005)

Le président d’honneur de la Ligue tchadienne des droits de l’Homme (LTDH), Dobian Assingar, a critiqué la gestion des revenus pétroliers au Tchad sur RFI le 2 mars dernier  [1]. En conséquence, Pascal Yoadimnaji, Premier ministre tchadien, a demandé au Collectif des Associations des droits de l’Homme [tchadiennes] (ADH) de démettre M. Assingar de ses fonctions de représentant de l’ADH au sein du Collège de contrôle et de surveillance des ressources pétrolières (CCSRP). Le gouvernement tchadien n’a aucun titre pour exercer de telles pressions sur le Collectif, mais les membres de celui-ci s’inquiètent pour la sécurité de celui qui, ayant osé s’exprimer, est ainsi visé. On ne saurait assez rendre hommage au courage de ceux qui, sous une dictature, résistent aussi bien à l’oppression qu’à l’envie de baisser les bras. L’un d’entre eux se nomme précisément Dobian Assingar : depuis des années, ce dernier, en dépit de multiples menaces, ne cède pas un millimètre de terrain au régime d’Idriss Déby, qui détruit le Tchad, et qui bénéficie du soutien de la politique africaine de la France dans cette sinistre besogne. Il serait illusoire d’attendre la moindre manifestation des autorités françaises en faveur des objectifs du Collectif ADH, qu’il s’agisse de la gestion pétrolière ou de l’organisation d’élections enfin transparentes, susceptibles de mettre fin au règne du dictateur - une priorité pour les ADH. Sachez, Monsieur Assingar, que notre position est tout autre. Vous pouvez compter sur notre soutien. Soyez assuré de notre admiration et de notre respect, pour vous et pour tous ceux qui mènent avec vous un si difficile combat. Notre pays s’est couvert de honte, au mois de mai 2004, lorsque le ministre français délégué à la Coopération, Xavier Darcos, a salué l’adoption par l’Assemblée nationale tchadienne d’un projet de révision constitutionnelle destinée à permettre au dictateur de briguer un nouveau mandat présidentiel. Vous avez alors critiqué cet avis officiel français (vous aviez, ô combien, raison !) et vous êtes vu aussitôt refuser le renouvellement de votre visa d’entrée en France  [2]. Nous n’aurons de cesse que de laver cette honte, et cet affront.

Sharon Courtoux 

[1M. Assingar a estimé que la loi portant gestion des revenus pétroliers (loi n° 001/PR/99) est discriminatoire car elle ne concerne que trois champs pétroliers (Komé, Miandoum et Bolobo), laissant donc libre cours aux autorités pour agir à leur guise ailleurs. Quand on sait que le Tchad est une dictature militaro-mafieuse, on prend conscience de la signification des déclarations du militant des droits de l’Homme : l’or noir provenant des champs non concernés par la loi ne sera soumis à aucun contrôle.

[2Depuis lors, M. Assingar a pu renouveler ce visa, mais pour une période inférieure à un an, la durée dont il bénéficiait auparavant.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 135 - Avril 2005
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