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A fleur de presse

Darfour, Soudan - A FLEUR DE PRESSE

(mis en ligne le 1er mai 2005)

Libération, Le Darfour éclipsé par la paix au Sud-Soudan, 13/04 (Christophe AYAD) :

« De l’argent et des larmes. Le Soudan a obtenu la promesse de 4,5 milliards de dollars en 2005-2007 pour reconstruire le sud du pays dévasté par deux décennies de guerre civile, tandis que le Darfour est plus que jamais en proie à un huis clos sanglant qui a fait 300 000 morts en deux ans. Toute la mauvaise foi du gouvernement soudanais, qui signe de la main droite un accord de paix au Sud, an janvier à Nairobi, et détruit de la main gauche sa province de l’Ouest, est résumée là. Tout le cynisme de la communauté internationale, frappée d’un strabisme criminel, aussi. L’aide débloquée par la soixantaine de pays présents à la conférence des bailleurs de fonds d’Oslo, en Norvège, est à la fois conjoncturelle, pour éviter une famine, et structurelle (construction de routes, écoles, hôpitaux). Près de 90 % des habitants du Sud vivent sous le seuil de pauvreté [...]. Le résultat de vingt-deux ans de politique de la terre brûlée, exactement comme celle menée au Darfour. Raid punitif. Vendredi, deux jours seulement avant la réunion des donateurs, l’Union africaine (UA) [...] révélait qu’un groupe de 350 Jenjawids (miliciens arabes pro-gouvernementaux) avait dévasté la veille le village de Khor Abeche, tenu par les rebelles, “pillant, brûlant et détruisant” tout, sauf la mosquée et l’école. Selon le communiqué, Khartoum a tout fait pour empêcher la venue des observateurs de l’UA, alors que des menaces d’un raid punitif circulaient dans la région depuis quelques jours. [...] Curieusement, le texte n’a reçu aucun écho aux Nations unies, comme s’il n’était pas question de mettre en péril la réunion d’Oslo [...]. Seul Washington a menacé de ne pas débloquer le 1,7 milliard de dollars promis, faute d’un règlement pacifique au Darfour. On n’en prend pas le chemin. »

Ça fait un bail qu’on est sur le chemin du cynisme dont il est question dans l’article de Christophe Ayad. De toute façon, personne ne va passer ses vacances au Darfour, alors... Quand on aborde la question de ce que ce cynisme recouvre, on s’entend souvent convié à se soucier davantage des populations du Sud Soudan. Pour la énième fois, il faut foutre Bechir et sa clique de tueurs en taule, au plus vite, si on se soucie des Soudanais, du Nord, du Sud, de l’Est ou de l’Ouest. Un tel langage vous choque ? Reprenons : il est heureux que le Conseil de Sécurité ait confié le cas du Darfour à la Cour Pénale Internationale (CPI). Cependant, le président soudanais a juré devant Dieu qu’il ne livrerait jamais quiconque à une autorité autre que la sienne. Il est donc permis de craindre que le processus de mise en accusation, d’arrestation et de jugement des criminels ait quelque retard à l’allumage. Il semble par conséquent urgent d’interpeller la communauté internationale sur la question de savoir comment elle compte hâter le processus afin qu’il aboutisse avant que lesdits criminels ne meurent de vieillesse dans leurs lits douillets. On pourrait également demander à Washington (dont l’hostilité à la CPI ne cesse de contribuer à notre légitime inquiétude) quels sont précisément ses idées sur la question. Et si l’on ne s’intéresse pas aux Soudanais, mais seulement à ce que le Soudan peut rapporter, on peut aller sur le site du ministère soudanais de l’investissement www.sudaninvest.org (.org !) étudier la question.

Sharon Courtoux

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 136 - Mai 2005
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