Survie

Togo, mai 2005 - 3 : Togo : collusion

(mis en ligne le 1er mai 2005) - Sharon Courtoux

Dans le dernier paragraphe (sous-titré Collusion) d’un article paru dans le quotidien Libération (Présidentielle à haute risques au Togo, 16/04), Thomas Hofnung cite un « proche du dossier » à propos de Faure Gnassingbé : « Âgé seulement de 39 ans, il est en phase avec la jeunesse de son pays, et il dispose de la machine bien huilée du parti au pouvoir, le Rassemblement du peuple togolais, face à une opposition divisée. » Le journaliste affirme par ailleurs que la France envisage d’envoyer des observateurs au Togo à l’occasion des prochaines élections présidentielles. Il s’agirait de « parlementaires familiers du dossier ». Un mafieux à la tête d’une « machine bien huilée » et des « familiers du dossier » complices : et voilà le travail ! Lors d’une récente conférence de presse présentant l’ouvrage de Gilles Labarthe, Le Togo, de l’esclavagisme au libéralisme mafieux  [1], le chercheur Comi Toulabor  [2] a déclaré que, selon de nombreuses sources très crédibles, Jacques Chirac passe un temps non négligeable au téléphone avec les chefs d’État de la CEDEAO  [3] afin de les « encourager » à ne pas se montrer trop regardants sur ce qui se passe à Lomé. Autrement dit, le Président français exercerait des pressions diverses sur ses homologues de l’Afrique de l’Ouest afin qu’ils favorisent le maintien au pouvoir de l’actuel système mafieux qui, au Togo, tient lieu de « gouvernance ». Notons que la machine bien huilée ne cesse de tester la tolérance de la communauté internationale (les pays qui la composent et les diverses institutions dans lesquelles ils sont représentés, de l’ONU à l’Union Africaine en passant par l’Union Européenne et l’Organisation internationale de la Francophonie, entre autres) envers ses frasques. Cette tolérance semble de nature à susciter toutes les inquiétudes ! Qu’il s’agisse des tricheries en matière d’établissement des listes électorales ou de distribution des cartes d’électeurs, du non respect des engagements pris concernant l’accès de l’opposition au contrôle des élections, ou encore des arrestations arbitraires, on n’enregistre pas la moindre protestation. Faure peut compter sur la collusion de la France (ou du moins de l’Élysée) pour l’aider à maintenir en place la vieille tyrannie qui détruit la société togolaise. Le peuple togolais semble ne pouvoir compter que sur lui-même pour s’en débarrasser : il doit se sentir bien seul. Si les effets de cette collusion devaient conduire à un embrasement du pays, quelle terrible responsabilité ! Lorsque nous mettrons cette publication sous presse, les élections auront eu lieu. Nous espérons que ce que nous aurons à ajouter d’ici là ne correspondra pas à nos pires craintes.

Sharon Courtoux  

[1Conférence de presse tenue au Centre d’accueil de la presse étrangère (CAPE) le 12/04.

[2Directeur de recherche FNSP, CEAN-IEP de Bordeaux.

[3Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, censée veiller sur le respect des modalités permettant aux élections présidentielles togolaises de se dérouler dans de bonnes conditions.

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 136 - Mai 2005
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