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A fleur de presse

Togo, mai 2005 - 6 : A FLEUR DE PRESSE - SPECIAL TOGO

(mis en ligne le 1er mai 2005) - Odile Tobner

AFP, 09/04 :

« Le 7 mars, en pleine crise de succession togolaise, le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Alpha Oumar Konaré, avait appelé à la “tolérance zéro” envers les coups d’État, quel que soit leur habillage. “Si ce n’était le cas, nous ouvririons la voie à une épidémie de coups d’État, de révolutions de palais, de manipulations constitutionnelles [...], la Constitution devenant un alibi pour des dispositions antidémocratiques nourries par des ‘Debbascheries’, du nom de ce fameux Debbasch, ces nouveaux mercenaires en col blanc”, avait-il lancé. Professeur de droit, Charles Debbasch était conseiller du général Eyadéma, décédé le 5 février. Selon les connaisseurs de la vie politique togolaise il fut un des artisans des modifications constitutionnelles qui, après le décès d’Eyadéma, devaient “légaliser” l’arrivée au pouvoir de l’un des fils, Faure Gnassingbé, choisi par l’armée. Il était également là, en 2002, lors de la modification constitutionnelle qui avait permis au général Eyadéma de se représenter à la présidentielle, après 36 ans de pouvoir ininterrompu, et d’empêcher son principal opposant, Gilchrist Olympio, de se porter candidat. Sur le continent noir, qui, depuis les indépendances des années 60 a connu nombre de coups réalisés par des mercenaires en armes, la dénonciation par l’UA du rôle de conseillers français pesant sur le cours de l’histoire africaine est une première. Pour Bernard Rideau, conseiller du président sénégalais Abdoulaye Wade et qui a “fait” plusieurs présidents, dont le Gabonais Omar Bongo, Gnassingbé Eyadéma et le Congolais Denis Sassou Nguesso, la première motivation des conseillers est financière. “La première motivation est l’appât du gain. Là où vous gagneriez ailleurs 100, vous allez gagner en Afrique 300 ou 400. Les Africains sont très généreux. C’est très juteux, et peu de gens y résistent”, estime-t-il, tout en assurant qu’il est le conseiller de Wade en communication et politique “à titre amical”. Cet ancien conseiller de Valéry Giscard d’Estaing, qui a ensuite connu François Mitterrand, est “venu en Afrique par rencontres, par opportunités”. Selon Bernard Rideau, qui a lui même travaillé pour Eyadéma (“je devais le vendre aux Allemands, on le confondait avec Amin Dada”), le président togolais “n’avait jamais vu de juriste” avant sa rencontre avec Debbasch. “Debbasch est un personnage extravagant, mais c’est un remarquable spécialiste du droit public qui a eu un rôle très important”, dit-il. À Libreville, on ne compte plus les conseillers français, dont l’influence est très variable, et les attributions parfois floues. [...] Au Cameroun, un ancien ambassadeur de France est resté à l’issue de ses fonctions pour devenir un conseiller très écouté de Paul Biya. Mais dans d’autres capitales, on ne trouve pas de “mercenaires en col blanc”. “Les dirigeants africains commencent à comprendre qu’il leur faut des compatriotes pour remplacer les conseillers étrangers”, ajoute Bernard Rideau. »

Voici un homme du sérail, Bernard Rideau, qui passe à confesse et se met à débiner les petits copains. Est-ce son « chemin de Damas », ou n’est-ce que l’ultime ruse de Tartuffe - « Oui mon frère je suis un méchant, un coupable... » - pour éviter de plus redoutables dévoilements ?

Odile Tobner

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 136 - Mai 2005
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