Survie

Algérie : SALVES - 6 146... et des poussières

(mis en ligne le 1er juin 2005)

6 146. C’est le nombre « officiel » d’Algériens disparus « du fait d’agents de l’État » durant la décennie de violence qui a suivi l’annulation des élections législatives algériennes de 1992, suite à la victoire du FIS (Front islamique du Salut) au premier tour du scrutin. C’est du moins ce que laisse entendre le rapport remis fin mars au chef de l’État algérien Abdelaziz Bouteflika par Farouk Ksentini, avocat et président de la commission des disparus. Cette démarche marque incontestablement un progrès, puisque jusqu’à présent l’État algérien niait l’existence même des disparus. Ils étaient jusque là considérés soit comme des victimes du terrorisme, soit le plus souvent assimilés aux terroristes eux-mêmes. Malheureusement, cette reconnaissance semble bien loin de la réalité, aussi bien d’un point de vue qualitatif que quantitatif. Le rapport et son auteur laissent croire que ces dérapages sont dus aux dérives individuelles de certains éléments des forces de sécurité. Il précise que si l’État est coupable de ne pas avoir su empêcher ces milliers de bavures, il ne peut en aucun cas en être tenu pour responsable puisqu’il ne s’agirait pas là d’une politique délibérée. Il semble que la célèbre formule « responsable mais pas coupable » serve encore une fois de paravent commode pour cacher la réalité de la politique éradicatrice menée à l’époque. Différents observateurs et associations des droits humains s’accordent pour avancer un chiffre compris entre 15 000 et 20 000 disparus sur cette période, auquel il faut ajouter 200 000 morts et plusieurs centaines de milliers de déplacés et d’exilés, victimes des violences terroristes et militaires entre 1992 et 2002. Même si nous savons que comparaison n’est pas raison, on dénombre durant les 20 ans de la dictature chilienne de Pinochet entre 3 000 et 5 000 morts et disparus. Certes, les situations de ces deux pays sont très différentes, mais ce rapprochement de chiffres donne une faible idée de l’horreur qu’a vécue et subie le peuple algérien au cours de cette décennie.

Antoine Lecanut

Cet article a été publié dans Billets d’Afrique 137 - Juin 2005
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